LE LÉON-GAMBETTA
Le Lton-Gambetta monte sa faction.
'De ne pas ébranler l'air de l'Adriatique Du chant de ses canons, il est mélancolique. Comme à ces braves gens pèse l'inaction I
Toujours même horizon ! depuis bien des semaines, C'est près des mêmes points le même va-et-vient ; Et c'est bien rarement qu'au navire parvient L'écho lugubre au loin des luttes surhumaines.
Ah ! cette inaction I Ecrire avec son sang Au livre d'héroïsme une nouvelle page : C'est là l'ambition de son fier équipage, Dans l'attente d'un jour de gloire frémissant.
L'Autriche est devant eux ; et le flot qui les berce, Il faut l'interdire à tous ses vaisseaux marchands. Il semble que la côte avec des yeux méchants, Là, regarde ceux qui ruinent son commerce.
164 trop d'agonies !
Sur de sauvages rocs sont perchés des hameaux. Cette côte sinistre a plus d'une échancrure. Des îlots dénudés : c'est sa morne parure. Silence que parfois rompent quelques bons mots...
Car plus qu'un autre, il a le sens du pittoresque, Le marin. Il y a dans son rude parler Le flot qui chanle ou qui rageur va déferler. Spirituel, il a de l'éloquence presque.
Mais plus d'un pense aux siens qu'il a laissés là-bas D'une fille aux bras blancs, à la taille élancée, Il a la vision, — sa douce fiancée, — Ou d'une femme en noir qui tricote des ba6 ;
C'est encor au travail quelque aïeul vénérable... Il songe à sa Bretagne, à la lande, au rocher Où la broussaille en fleurs sait si bien s'accrocher, A ce pays farouche et pourtant adorable.
Que masque au vaisseau la brume du littoral ? Est-ce qu'un ennemi, prêt à mordre, s'y cache ? Qu'importe ! Il ne saurait pas faillir à sa tâche, Car il est commandé par un brave amiral.
Dans le ciel empourpré passe un vol d'hirondellei, Et quelque oiseau de mer de ce monstre d'acier S'approche et ne paraît guère se soucier ; Car il préfère la falaise à ses tourelles.