‹ Morceaux choisisChapitre 89 sur 221 · LE LÉON-GAMBETTA · texte numérisé non relu

LE LÉON-GAMBETTA

La lune... Confiant s'endort le cuirassé.

Plus d'un brave au hamac rêve qu'on extermine

Les barbares sans frein rués, cette vermine,

Et que le monde en est enfin débarrassé !

Nul bruit... pas de fumée en haut des cheminées. Qui sait ? demain, peut-être, un ordre, et radieux Il s'en ira, dans un élan victorieux, Conduire ses marins aux grandes destinées.

Oui, c'était le destin qu'ils avaient mérité

Ah I quelle explosion soudain tous les réveille, Ceux que berçaient vainqueurs les songes de la veille ! Ils ont bientôt compris l'horrible vérité.

Un sous-marin glissa près d'eux, tel un reptile. Par la torpille atteint, le vaisseau va couler. Que de braves demain le flot va-t-il rouler, Sans qu'ils aient de leur sang fait la dépense utile !

En face, l'ennemi les eût-il attaqués, Ils seraient morts si fiers et si gais à leur poste, Ces braves ! mais mourir sans possible riposte, Sans un mot des canons dans le vide braqués

Alors, les officiers, dans un geste sublime, Forcent à s'embarquer sans eux les matelots. Tandis qu'ils peuvent voir s'éloigner les canots, Criant : « Vive la France ! » ils sont pris par l'abîme.

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