L ORDO>NA>'CE DU DOCTEUR-NOIR
€t fondent peu à peu une autorité tyrannique qui, ôtant aux intelligences la liberté et lindividualité, sans lesquelles elles ne soiît rien, étoufferait le génie même sous lempire d une communauté jalouse.
Dans les Assemblées, les Corps, les Compagnies, les Écoles, les Académies et tout ce qui leur ressemble, les médiocrités intrigantes arrivent par degrés à la domination parleur activité grossière et matérielle, et cette sorte d'adresse à laquelle ne peuvent descendre les esprits vastes et généreux.
L imagination ne vit que d'émotions spontanées €t particulières à l'organisation et aux penchants de chacun.
La République des lettres est la seule qui puisse jamais être composée de citoyens vraiment libres, car elle est formée de penseurs isolés, séparés et souvent inconnus les uns aux autres.
Les Poètes et les Artistes ont seuls, parmi tous les hommes, le bonheur de pouvoir accomplir leur mission dans la solitude. Qu'ils jouissent de ce bonheur de ne pas être confondus dans une société qui se presse autour de la moindre célébrité, se l'approprie, 1 enserre, l'englobe, l'étreint, et lui ■dit : NOUS.
Oui, l'Imagination du Poète est inconstante autant que celle d'une créature de quinze ans recevant les premières impressions de l'amour. L'Imagination du Poète ne peut être conduite, puisqu'elle n'est pas enseignée. Otez-lui ses ailes, et vous la ferez mourir.
La mission du Poète ou de l'Artiste est de produire, et tout ce qu'il produit est utile, si cela est admiré.
Un Poète donne sa mesure par son œuvre ; un
homme attaché au Pouvoir ne la peut donner que j)ar les fonctions qu'il i^emplit. Bonheur pour le premier, malheur pour Tautre ; car, s'il se fait un progrès dans les deux tètes, l'un s'élance tout à coup en avant par une œuvre, l'autre est forcé de suivre la lente progression des occasions de la vie et les pas graduels de sa carrière.
Seul et libre, accomplir sa mission.
III. Eviter le rêve maladif et incoustapt qui égare l'esprit, et employer toutes les forces de la volonté à détourner sa vue des entreprises trop faciles de la vie active.
Parce que l'homme découragé tombe souvent, par paresse de penser, dans le désir d'agir et de se mêler aux intérêts communs, voyant comme ils lui sont inférieurs et combien il semble facile d'y prendre son ascendant. C'est ainsi qu'il sort de sa roule, et, s'il en sort souvent, il la perd pour toujours.
La Neutralité du penseur solitaire est une A^eu~ tralité armée qui s'éveille au besoin.
Il met un doigt sur la balance et l'emporte. Tantôt il presse, tantôt il arrête l'esprit des nations; il inspire les actions publiques ou proteste contre elles, selon qu'il lui est révélé de le faire par la conscience qu'il a de l'avenir. Que lui importe si sa tête est exposée en se jetant en avant ou en arrière ?
Il dit le mot qu'il faut dire, et la lumière se fait.
Il dit ce mot de loin en loin, et tandis que le mot fait son bruit, il rentre dans son silencieux travail et ne pense plus à ce qu'il a fait.
lY. Avoir toujours présentes à la pensée les images, choisies entre mille, de Gilbert, do Chatterton et d'André Chénier.