LA MORT DU LOUP
A poursuivre sa Louve et ses fils, qui, tous trois, Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois. Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve Ne 1 eût pas laissé seul subir la grande épreuve; Mais son devoir était de les sauver, afin De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim, A ne jamais entrer dans le pacte des villes Que Ihomme a fait avec les animaux serviles Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher, Les premiers possesseurs du bois et du rocher.
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j ai honte de nous, débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C est vous qui le savez, sublimes animaux!
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse.
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
— Ah I je t ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m"est allé jusqu'au coeur!
n disait : « Si tu peux, fais que mon âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stcïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier, est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler.
Puis, après, commemoi, souffreetmeurssansparler. »
Ecrit au château de M*", 1S43.