‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 16 sur 192 · LE MONT DES OLIVIERS · texte numérisé non relu

LE MONT DES OLIVIERS

Alors il était nuit et Jésus marchait seul, Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul; Les disciples dormaient au pied de la colline. Parmi les oliviers, qu'un vent sinistre incline; Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux, Triste jusqu'à la mort, l'œil sombre et ténébreux. Le front baissé croisant les deux bras sur sa robe Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe; Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni. Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani, Il se courbe, à genoux, le front contre la terre. Puis regarde le ciel en appelant : « Mon père! » — Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.

Il se lève étonné, marche encore à grands pas, Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente Découle de sa tète une sueur sanglante. Il recule, il descend, il crie avec effroi : « Ne pourriez-vous prier et veiller avec moi? » Mais un sommeil de mort accable les apôtres. Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres. Le Fils de l'Homme alors remonte lentement; Comme un pasteur d'Egypte, il cherche au firmament Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile. Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile D une veuve, et ses plis entourent le désert. Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte Serra son cœur mortel d'une invincible étreinte. Il eut froid. Vainement il appela trois fois : « Mon père! » Le vent seul répondit à sa voix.

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