‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 18 sur 192 · LE MONT DES OLIVIERS · texte numérisé non relu

LE MONT DES OLIVIERS

Ce quelle prend et donne à toute créature,

Quels sont avec le Ciel ses muets entretiens,

Son amour ineffable et ses chastes liens ;

Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle,

Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle;

Si les astres des cieux tour à tour éprouvés

Sont comme celui-ci coupables et sauvés;

Si la terre est pour eux ou sils sont pour la terre ;

Ce qua de vrai la fable et de clair le mystère,

D ignorant le savoir et de faux la raison;

Pourquoi l'âme est liée en sa faible prison;

Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies

Entre l'ennui du calme et des paisibles joies

Et la rage sans fin des vagues passions,

Entre la léthargie et les convulsions;

Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épée

Attristant la Xature à tout moment frappée;

Si le juste et le bien, si l'injuste et le mal

Sont de vils accidents en un cercle fatal,

Ou si de l'univers ils sont les deux grandes pôles,

Soutenant terre et cieux sur leurs vastes épaules;

Et pourquoi les Esprits du mal sont triomphants

Des maux immérités de la mort des enfants;

Et si les Nations sont des femmes guidées

Par les étoiles d'or des divines idées,

Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit.

Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit;

Et, si, lorsque des temps l'horloge périssable

Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,

Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,

Un soupir de mon coeur, un signe de ma croix,

Pourra faire ouvrir l'ongle aux Peines éternelles,

Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes,

— Tout sera révélé dès que l'homme saura

De quels lieux il arrive et dans quels il ira. »

Ainsi le divin Fils parlait au divin Père. Il se pi'oslerne encore, il attend, il espère, Mais il remonte et dit : « Que votre volonté Soit faite et non la mienne, et pour l'éternité. » Cne terreur profonde, une angoisse infinie Redoublent sa torture et sa lente agonie. Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir. Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir; La Terre, sans clartés, sans astre et sans aurore, Et sans clartés de l'âme ainsi qu'elle est encore. Frémissait. — Dans le bois il entendit des pas, Et puis il vit rôder la torche de Judas.

Page 1