‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 189 sur 192 · U>E BILLE 4G · texte numérisé non relu

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il s'assoupit encore. Son vieux soldat secoua la tête et lui prit une main. Je pris l'autre, que je sentis glacée. Il dit qu'il avait froid aux pieds, et Jean coucha et appuya sa petite poitrine d'enfant sur le lit pour le réchauffer. Alors le capitaine Renaud commença à tâter ses draps avec les mains, disant qu'il ne les sentait plus, ce qui est un signe fatal. Sa voix était caverneuse. Il porta péniblement une main à son front, regarda Jean attentivement et dit encore ;

— C'est singulier! — Cet enfant-îà ressemble à l'enfant russe !

Ensuite il ferma les yeux, et, me serrant la main avec une présence d'esprit renaissante.

— Voyez-vous! me dit-il, voilà le cerveau qui se prend, c'est la fin.

Son regard était différent et plus calme. Nous comprîmes cette lutte d'un esprit ferme qui se jugeait contre la douleur qui 1 égarait, et ce spectacle, sur un grabat misérable, était pour moi plein d'une majesté solennelle. Il rougit de nouveau et dit très haut :

— Ils avaient quatorze ans... — tous deux... — Qui sait si ce n'est pas cette jeune âme revenue dans cet autre corps pour se venger?...

Ensuite il tressaillit, il pâlit, et me regarda tranquillement et avec attendrissement :

— Dites-moi I... ne pourriez-vous me fermer la bouche? Je crains de parler... on s'affaiblit... Je ne voudrais plus parler... J'ai soif.

On lui donna quelques cuillerées, et il dit :

— J ai fait mon devoir. Cette idée-là fait du bien.

Et il ajouta :

— Si le pays se trouve mieux de tout ce qui

s'est fait, nous n'avons rien à dire; mais vous verrez...

Ensuite il s'assoupit et dormit une demi-heure environ. Après ce temps, une femme vint à la porte timidement, et fit signe que le chirurgien était là; je sortis sur la pointe du pied pour lui parler, et, comme j'entrais avec lui dans le petit jardin, m'étant arrêté auprès d'un puits pour l'interroger, nous entendîmes un grand cri. Nous courûmes et nous vîmes un drap sur la tête de cet honnête homme, qui n'était plus...

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