‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 29 sur 192 · DEUXIEME PARTIE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE THÉÂTRE

Le théâtre d'Alfred de Vigny comprend cinq ouvrages : deux en vers, le More de Venise et Shylock, et trois en prose, la Maréchale d'Ancre, Quitte pour la peur et Chatterton.

Le More de Venise fut une des premières adaptations à la scène française du drame de Shakespeare; il fut représenté le 24 octobre 1829 au Théâtre-Français, avec M"* Mars dans le rôle de Desdemona.

Shyloch ou le Marchand de Venise, écrit en 1828, n'a pas été représenté.

Quitte pour la peur est une comédie de forme légère qui fut donnée, le 30 mai 1833, sur la scène de l'Opéra au cours d'une représentation à bénéfice : M"" Dorval y remplissait le rôle de la Duchesse et celui du Duc était tenu par l'acteur Bocage. Cette pièce a été jouée à la Comédie-Française au mois de mars 1897, à l'occasion de la célébration du centenaire de la naissance d'Alfred de Vigny.

La Maréchale d'Ancre a été représentée le 25 juin 1831 sur la scène de l'Odéon, reprise en 1841 à la Comédie- Française et jouée de nouveau à l'Odéon en 1897, lors des félcs du centenaire dAlfred de Vigny. Ce fut M"* Georges qui créa le rôle de Léonora Galigaï, Frederick Lemailre et Ligier ceux de Concini et de Borgia.

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Enfin Chatterton, qui fut joué pour la première foia le 12 février 1835 ù la Comédie-Française, et repris plusieurs fois depuis cette époque. Le rôle de Chatterton fut créé par Geffrov et celui de Kitfv Bell par .AP' Dorval.

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La Maréchale d'Ancre contient quelques fort belles scènes qu'il serait malheureusement trop long de reproduire ici. Mais un exposé de ce drame permettra de se rendre compte de lidée qui a présidé à sa composition et de la version qu'a voulu soutenir Alfred de Vignv.

Quand elle était à Florence, Léonora Galigaï fut aimée de deux hommes, Concini et Borgia, qui se haïssaient déjà par tradition de famille, le père de Concini avant tué le pèrj de Borgia et eux-mêmes se battant souvent à coups de couteau. Or. Concini, profitant d'une longue absence à laquelle Borgia a été contraint, l'a fait passer pour mort aux yeux de Léonora et a décidé celle-ci à l'épouser.

Borgia, de retour à Florence, a appris le malheur qui le frappait, n'a pu oublier Léonora et veut se venger de Concini; il s'est marié, lui aussi, mais tardivement, avec une de ses compatriotes qui l'aimait passionnément et dont il est fort jaloux.

Venus en France avec Marie de Médicis peu de temps après leur mariage, Concini et Léonora ont eu la rapide fortune que l'on sait; mais seulement après l'assassinat d'Henri IV, auquel Concini, qui l'a caché à sa femme, n'a pas été étranger, d'après une lettre écrite par lui la veille du crime. Et Concini. qui sait que Borgia possède cette lettre, osera tout pour s en emparer.

Au moment où commence le drame de Vigny, Léonora et Concini sont dans l'éclat de leur toute-puissance. Marie de Médicis est régente. Concini, maréchal d'Ancre, premier ministre, l'un des plus riches seigneurs territoriaux du Royaume, nnanque pourtant de caractère et

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laisse volontiers les actes d'énergie à Léonora, femnae de cœur et de tête.

C'est ainsi que, faisant croire qu'il est en Picardie, il laissera à la maréchale toute la responsabilité de l'arrestation du prince de Condé.

Ce coujî de force a produit une vive émotion à la cour et Léonora, ayant, au milieu de la foule des seigneurs, reconnu Borgia et senti en lui un ennemi, veut saisir cette occasion de se disculper de ce qu'il a appelé sa trahison et lui donne rendez-vous pour le lendemain.

De son côté, Concini a appris la présence à Paris de Borgia, logé avec une Italienne dans une maison retirée de la rue de la Ferronnerie. Son plan est de séduire cette femme et d'arriver par elle à enlever à Borgia la lettre sur l'assassinat du Roi; il se fera, à cet effet, passer auprès de la jeune femme, Isabella, pour un chanteur florentin. Mais ce beau projet manque d'échouer» car Isabella est très jalouse de Borgia. Concini alors la voyant inquiète du rendez-vous qu'elle sait avoir été donné à son mari, lui affirme, pour exciter sa jalousie, que ce rendez-vous vient d'une femme. Il y réussit au delà de toute espérance, car Isabella lui révèle que la seule femme à l'appel de qui Borgia a pu consentir à se rendre, est une certaine Léonora Galigaï qu il a jadis aimée à Florence et qu'il croit l'avoir trahi. Concini ne pense plus alors qu'à se venger de Borgia, et laisse, sans s'en préoccuper davantage, Isabella évanouie d'épouvante.

Borgia, pendant ce temps, apprend de Léonora qu'elle a été trompée par la fausse nouvelle de sa mort et qu elle n'est pour rien dans les crimes reprochés à Concini; il s'assure aussi qu'elle a ignoré la part de Concini dans l'assassinat du roi et, comme il veut savoir si elle aimait vraiment Concini : « C'est mon mari! lui répondelle. — Et moi, m'aimiez-vous .' — Voici ma réponse. » Et elle montre à Borgia son portrait conservé sur elle.

Borgia ne pense plus dès lors qu'à punir Concini seul et à sauver Léonora des périls qui la menacent, car on lui cache tout ce qui se passe. L'arrestation de Condé a exaspéré la noblesse et ameuté le peuple contre les « étrangers » qui trompent la reine; de son côté, le parti du Roi, se sentant plus fort, cherche à décider le jeune Louis XIII à tenter un coup de force. De plus, le soulèvement du peuple est prochain.

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