L.V MARÉCHALE D ANCRE lOS
Ainsi parle Borgia à la maréchale d'Ancre, mais il est déjà trop tard; Léonora, stupéfaite, apprend, coup sur coup, que les Parisiens viennent de se révolter et que la Reine mère est gardée à rue chez elle. Elle-même est d'ailleurs arrêtée peu après et emmenée à la Bastille.
Le procès de la maréchale, qui se déroule devant un tribunal de juges désignés par son ennemi, M. de Luynes, est mené si rapidement que quelques heures après son entrée à la Bastille, Léonora est jugée et condamnée sans avoir pu ni se défendre, ni savoir ni connaître ses accusateurs.
On consent toutefois, pour paraître faire droit à ses réclamations indignées, à la mettre en face d'Isabella, qui l'accuse de sortilège et de magie. Laissée seule avec celte femme qu'elle reconnaît pour une compatriote, Léonora veut lui faire répéter, sur la Madone, toutes ses accusations, mais Isabella, troublée, finit par avouer qu'elle est la femme de Borgia et qu'elle veut se venger de la femme aimée de son mari. Léonora apprend ainsi que Borgia est marié; le chagrin qu'elle en ressent est si profond qu'elle renonce désormais à lutter et ne songe qu'à mourir dignement, sans vouloir toutefois rien avouer du crime de lèse-majesté, de sortilège et de magie, seule accusation que l'on formule contre elle.
Alors M. de Luynes, à qui on vient d'apprendre le sort du maréchal d'Ancre, décide, par un raffinement cruel, que l'itinéraire que devra suivre la maréchale pour se rendre au lieu de son supplice sera la rue de la Ferronnerie, dans laquelle, non loin de la maison du juif Samuel, elle aperçoit, l'un à côté de l'autre, les cadavres de Borgia et de Concini. Ceux-ci se sont rencontrés en effet, l'un sortant de chez le juif où il était avec Isabella, l'autre rentrant en son logis, et ils se sont entre-tués; Concini a été achevé d'un coup de pistolet par Vitry, envoyé par de Luynes.
Désormais, tout est fini pour Léonora; la rue des cadavres de ces deux hommes qui l'ont adorée et qui sont morts de cet amour la rend indifférente à tout, même au genre de supplice qui l'attend, et elle consent alors à faire l'aveu qu'on lui demande et qui lui vaut le bûcher.
CHATTERTON