ACTE DEUXIÈME
rien n a pu t occuper dans cette promenade. La nature est morte devant tes yeux.
CHATTERTO' .
Croyez-vous que mistress Bell soit très pieuse? Il me semble lui avoir vu une Bible dans les mains.
LE QUAKER, brusquement.
Je n'ai point vu cela. C'est une femme qui aime ses devoirs et qui craint Dieu. Mais je n'ai pas vu quelle eût aucun livre dans les mains. (A part.) Où va-t-il se prendre! à quoi ose-t-il penser! J'aime mieux qu'il se noie que de s'attacher à cette branche. — (Haut.) C'est une jeune femme très froide , qui n'est émue que pour ses enfants, quand ils sont malades. Je la connais depuis sa naissance.
CHATTERTON
Je gagerais cent livres sterling que cette rencontre de lord Talbot me portera malheur.
LE QUAKER
Comment serait-ce possible?
Je ne sais comment cela se fera, mais vous verrez si cela manque. — Si cette jeune femme aimait un homme, il ferait mieux de se faire sauter la cervelle que de la séduire. Ce serait affreux, n'est-ce pas ?
>»''y aura-t-il jamais une de tes idées qui ne tourne au désespoir?
CHATTERTON
Je sens autour de moi quelque malheur inévitable. T y suis tout accoutumé. Je ne résiste plus. Vous verrez cela; c'est un curieux spectacle. — Je me reposais ici, mais mon ennemie ne m'y laissera pas.
130 CHATTERTON
LE QUAKER
Quelle ennemie?
Nommez-la comme vous voudrez : la Fortune, la Destinée ; que sais-je, moi?
LE QUAKER
Tu t'écartes de la religion.
CHATTERTON va à lui et lui prend la main.
Vous avez peur que je ne fasse du mal ici? — Ne craignez rien. Je suis inoffensif comme les enfants. Docteur, vous avez vu quelquefois des pestiférés ou des lépreux? Votre premier désir était de les écarter de 1 habitation des hommes. — Ecartez-moi, repoussez-moi, ou bien laissez-moi seul; je me séparerai moi-même plutôt que de donner à personne la contagion de mon infortune.
Cris et coups de fouet d'une partie de chasse finie.
Tenez, voilà comme on dépiste le sanglier solitaire !