SCÈNE PREMIÈRE LE QUAKER, CHATTERTON
CHATTERTON entre vite et comme en se sauvant.
Enfin, nous voilà au port!
LE QUAKER
Ami, est-ce un accès de folie qui t'a pris?
CHATTERTON
Je sais très bien ce que je fais.
LE QUAKER
Mais pourquoi rentrer ainsi tout à coup?
CHATTERTON, agité.
Croyez-vous qu'il m'ait vu?
LE QUAKER
Il n'a pas détourné son cheval, et je ne l'ai pas vu tourner la tète une fois. Ses deux grooms l'ont suivi au grand trot. Mais pourquoi l'éviter, ce jeune homme ?
CHATTERTON
Vous êtes sûr qu il ne m'a pas reconnu?
Si le serment n'était un usage impie, je pourrais le jurer.
CHATTERTON
Je respire. — C'est que vous savez bien qu'il est
de mes amis. C est lord Talbot.
LE QUAKER
Eh bien, qu'importe? un ami n'est guère plus méchant qu'un autre homme.
128 CHATTERTON
C H AT T E R T O rs' , marchant à grands pas avec humeur.
Il ne pouvait rien niarriver de pis que de le voir. Mon asile était violé, ma paix était troublée, mon nom était connu ici.
LE QUAKER
Le grand malheur I
CHATTERTON
Le savez-vous, mon nom, pour en juger?
LE QUAKER
Il y a quelque chose de bien puéril dans ta crainte. Tu n'es que sauvage, et tu seras pris pour un criminel si tu continues.
CHATTE F. TON
O mon Dieu, pourquoi sui^-je sorti avec vous? Je suis certain qu'il m'a vu.
Je lai vu souvent venir ici après ses parties de chasse.
CHATTERTON
Lui?
LE QUAKER
Oui, lui, avec de jeunes lords de ses amis.
CHATTERTON
II est écrit que je ne pourrai poser ma tète nulle part. Toujours des amis!
LE QUAKER
Il faut être bien malheureux pour en venir à dire cela.
CHATTERTON, avec humeur.
Vous n'avez jamais marché aussi lentement qu'aujourd'hui.
LE QUAKER
Prends-loi à moi de ton désespoir. Pauvre enfant!