‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 67 sur 192 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, LORD TALBOT, JOHN BELL. LORD TALBOT.

Oui, oui, je vais les aller joindre tous, qu ils se réjouissent! moi, je n'ai plus le cœur à leur joie. J'ai assez d'eux, laissez-les souper sans moi. Je me suis assez amusé à les voir se ruiner pour essayer de me suivre; à présent, ce jeu-là m'ennuie. Monsieur Bell, j'ai à vous parler. — Vous ne m'aviez pas dit les chagrins et la pauvreté de mon ami, de Chatterton.

JOHN BELL, à Kitty BelL

Mistress Bell, votre absence est nécessaire... pour un instant.

Kitty Bell se relire lentement dans sa chambre.

Mais, milord, ses chagrins, je ne les vois pas; et, quant à sa pauvreté, je sais qu'il ne doit rien

LORD TALBOT

O Ciel ! comment fait-il ? Oh ! si vous saviez et vous aussi, bon quaker, si vous saviez, ce que Ion vient de m'apprendre! D'abord ses beaux poèmes ne lui ont pas donné un morceau de pain. — Ceci est tout simple; ce sont des poèmes, et ils sont beaux : cest le cours naturel des choses. Ensuite, une espèce d'érudit, un misérable inconnu et méchant, vient de publier (Dieu fasse qu'il l'ignore!) une atroce calomnie. Il a prétendu prouver qn^Harold et tous ses poèmes n'étaient pas de lui. Mais, moi, j'attesterai le contraire, moi qui l'ai vu les inventer à mes côtés, là, encore enfant; je l'attesterai, je limprimerai, et je signerai Talbot.

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