ACTE TROISIÈME
« Chatterton n'est pas l'auteur de ses œuvres... Voilà qui est bien prouvé. — Ces poèmes admirables sont réellement d'un moine nommé Rowley. qui les avait traduits d'un autre moine du dixième siècle, nommé Turgo... Cette imposture, pardonnable à un écolier, serait criminelle plus tard... Signé... Baie... » Baie? Qu'est-ce que cela? que lui ai-je fait? — De quel égoùt sort ce serpent?
Quoi! mon nom est étouffé I ma gloire éteinte! mon honneur perdu! — Voilà le juge!... le bienfaiteur! voyons, quoffre-t-il?
Il décacheté la leltre, lit... et s'écrie avec indignation.
Une place de premier valet de chambre dans sa maison!...
Ah! pays damné! terre du dédain! soit maudite à jamais !
Prenant la fiole d'opium.
O mon àme, je t avais vendue! je te rachète avec ceci.
Il boit l'opium.
Skirner sera payé! — Libre de tous! égal à tous, à présent! — Salut, première heure de repos que j'ai goûtée! — Dernière heure de ma vie. aurore du jour éternel, salut! — Adieu, humiliation, haines, sarcasmes, travaux dégradants, incertitudes, angoisses, misères, tortures du cœur, adieu! Oh! quel bonheur, je vous dis adieu! — Si Ton savait! si Ton savait ce bonheur que j'ai... on n hésiterait pas si longtemps !
Ici, après un instant de recueillement durant lequel son visage prend une expression de béatitude, il joint les mains et poursuit :
O Mort, ange de délivrance, que ta paix est douce! j avais bien raison de t'adorer, mais je n'avais pas la force de te conquérir. — Je sais que tes pas seront lents et sûrs. Regarde-moi, ange
sévère, leur ôter à tous la trace de mes pas sur la terre.
Il jelte au feu tous ses papiers.
Allez, nobles pensées écrites pour tous ces ingrats dédaigneux, purifiez-vous dans la flamme et remontez au ciel avec moi.
Il lève les j-eux au ciel et déchire lentement ses poèmes dans laltitude grave et exaltée d'un homme qui fait un sacrifice solennel.