‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 108 sur 156 · Ce mouvement est imité de Juvénal, début de la satire i · texte numérisé non relu

Ce mouvement est imité de Juvénal, début de la satire i

2. L'adjectif illustre est pris dans le sens de l'adjeoiif latin illustris {in lucé). C'est donc mettre un fat en lumière.

3. C'est-à-dire le respect humain ou la crainte que l'on a des jugements et des discours des hommes.

4. Libertin, au dix-septième siècle, est pris dans le sens d'esprit fort, c'est-à-dire d'homme qui rejette les croyances et les pratiques de la religion.

5. A l'existence duquel il croit. En prose, croire en Dieu si-

Il irait embrasser la vérité qu'il voit ; Mais de ses faux amis il craint la raillerie, Et ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie1. C'est là de tous nos maux le falal fondement. Des jugements d'autrui nous tremblons follement; Et, chacun l'un de l'autre adorant les caprices, Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices2. Misérables jouets de notre vanité, Faisons au moins l'aveu de notre infirmité.

Épi très, ni.

Le passage du Kliin :t.

On marche droit au fleuve, où Louis en personne, Déjà prêt à passer, instruit, dispose, ordonne. Par son ordre Grammont*, le premier dans les flots, S'avance, soutenu des regards du héros:

Son coursier, écumant sous son maître intrépide, Nage tout orgueilleux de la main qui le guide. Revel le suit de près : sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l'escadron indompté. .Mais déjà devant eux une chaleur guerrière Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguière, Vivonne, Nanlouillet, et Coislin, et Salart; Chacun d'eux au péril veut la première part ; Vendôme, que soutient l'orgueil de sa naissance :i,

gnifie croire à son existence, et croire Dieu signifie croire ce que Dieu a dit.

1. De même Pascal : « Rien n'est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. »

2. Ce sont les autres, et non nous-mêmes, notre conscience, que nous interrogeons, pour connaître nos vertus et nos vices. Perse, dans sa première satire, dit avec plus de concision encore : Ne te queesiveris extra. «Ne te cherche pas hors de toi-même.»

3. Ce beau fait d'armes ouvrit la campagne de Hollande en 1672.

4. Appelé le comte de Guiche. Il était fils aine du maréchal de Grammont et lieutenant général du corps d'armée de Condé.

5. Louis-Joseph, duc de Vendôme, né en 1651, faisait alors ses premières armes. 11 descendait de Henri IV.

Sitôt que sur un vice ils pensent me confondre, C'est en me guérissant que je sais leur répondre. Et plus en criminel ils pensent m'ériger, Plus, croissant en vertu, je songe à me venger. Imite mon exemple; et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale, Profite de leur haine et de leur mauvais sens, Ris du bruit passager de leurs cris impuissants. Que peut contre tes vers une ignorance vaine? Le Parnasse français, ennobli par ta veine, Contre tous ces complots saura te maintenir, Et soulever pour toi l'équitable avenir1.

Épi très, vu.

Malherbe : son influence sur la poésie et la langue.

Enfin Malherbe vint, et, le premier, en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir. Et réduisit la muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber2. Tout reconnut ses lois, et ce guide fidèle

1. J. B. Rousseau a imité ce beau vers dans son Ode au Prince Eugène :

Mais la déesse de mémoire, Favorable aux noms éclatants, Soulève l'équitable histoire Contre l'iniquité du temps.

2. Ce défaut a lieu lorsque le sens d'un vers ne se complète que dans le vers suivant. Racine par exemple, pour produire un effet comique, fait un enjambement, quand il dit (les Plaideurs, acte I, scène vi) :

Mais j'aperçois venir madame la comtesse

De Pinibesche

Aux auteurs do ce temps sert encor de modèle. Marchez donc sur ses pas; aimez sa pureté, Et de son tour heureux imitez la clarté. Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre, Mon esprit aussitôt commence à se détendre, Et, de vos vains discours prompt à se détacher, Ne suit point un auteur qu'il faut toujours chercher,

Art poétique, chant Ier.

Conseils aux poètes1.

Craignez-vous pour vos vers la censure publique,

Soyez-vous à vous-même un sévère critique2 :

L'ignorance toujours est prête à s'admirer.

Faites-vous des amis prompts à vous censurer;

Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères,

Et de tous vos défauts les zélés adversaires :

Dépouillez devant eux l'arrogance d'auteur.

Mais sachez de l'ami discerner le flatteur ;

Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.

Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue.

Un flatteur aussitôt cherche à se récrier :

Chaque vers qu'il entend le (ait extasier3.

Tout est charmant, divin ; aucun mot ne le blesse;

Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ;

Il vous comble partout d'éloges fastueux.

La vérité n'a point cet air impétueux.

Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible.

Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible.

11 ne pardonne point les endroits négligés,

Il renvoie en leur lieu4 les vers mal arrangés.

1. Boileau a imité ici l'Art poétique d'Horacî, vers 420 et suiv.

2. C'est ce qu'Horace appelle censor honestus, Èpîtres, livre II, èpître il, vers 109.

Page 1