‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 109 sur 156 · Ce verbe est aujourd'hui réfléchi · texte numérisé non relu

Ce verbe est aujourd'hui réfléchi

4. Il renvoie en leur lieu, c'est-à-dire il renvoie au lieu d'où

Il réprime des mots l'ambitieuse emphase : Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase. Votre construction semble un peu s'obscurcir; Ce terme est équivoque : il le faut éclaircir. C'est ainsi que vous parle un ami véritable. Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable A les protéger tous se croit intéressé. Et d'abord prend en main le droit de l'offensé. De ce vers, direz-vous, l'expression est basse. — Ah ! monsieur, pour ce vers je vous demande grâce, Répondra-t-il d'abord. — Ce mot me semble froid: Je le retrancherais. — C'est le plus bel endroit! — Ce tour ne me plaît pas. — Tout le monde l'admire. Ainsi, toujours constant à ne se point dédire, Qu'un mot dans son ouvrage ait paru vous blesser, C'est un titre chez lui pour ne point l'effacer1.

Jbid.

Devoirs des écrivains.

Que votre âme et vos mœurs, peintes dans vos ouvrages.

N'offrent jamais de vous que de nobles images.

Je ne puis estimer ces dangereux auteurs,

Qui de l'honneur, en vers, infâmes déserteurs,

Trahissant la vertu sur un papier coupable,

Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.

En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur:

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur2.

(ces vers mal arrangés) étaient venus. La familiarité de l'expression indique que l'auii du poète ne le traitera pas avec ces ménagements timides qui coûtent toujours quelque chose à la vérité.

1. On se rappellera ici la visite d'Oronte à Alceste, acte I, scène il du Misanthrope.

2. Sénéque a exprimé la même pensée dans son épitre cxiv° : « Non potest alius esse ingenio, alius animo color. Hoc vitiato, illud quoque afflatur. » a L'esprit ne peut manquer de prendre la teinte du cœur. Le cœur est-il dépravé, le souffle de la corruption atteint également l'esprit. »

Fuyez surtout, fuyez ces basses jalousies,

Des vulgaires esprits malignes frénésies.

Un sublime écrivain n'en peut être infecté :

C'est un vice qui suit la médiocrité1.

Du mérite éclatant cette sombre rivale

Contre lui chez les grands incessamment cabale,

Et, sur les pieds en vain tâchant de se hausser,

Pour s'égaler à lui, cherche à le rabaisser.

Ne descendons jamais dans ces lâches intrigues.

N'allons point à l'honneur par de honteuses brigues.

Ibid., chant IV.

1. Ainsi La Bruyère : « L'émulation et la jalousie ne se rencontrent guère que dans les personnes de même art, de mêmes talents et de même condition. Les plus vils artisans sont les plus sujets à la jalousie ; ceux qui font profession des arts libéraux ou des belles-lettres, les peintres, les musiciens, les orateurs, les poètes, tous ceux qui se mêlent d'écrire, ne devraient être capables que d'émulation. » Les Caractères, au chapitre De l'Homme.

Les sentiments héroïques de la nature humaine avaient trouvé dans Corneille le plus éloquent et le plus sublime organe ; les sentiments tendres et affectueux de notre nature trouvèrent dans Racine leur plus touchant et leur plus parfait interprète. Celui-ci, né en 1639, appartenait à une famille aisée et même noble (car elle avait, par un merveilleux àpropos, un cygne dans ses armes) ; dès l'âge de vingt ans, il révéla ses talents pour la poésie dans une ode composée pour le mariage de Louis XIV, la Nymphe de la Seine. Un regard et une récompense de celui qui allait devenir le grand roi encouragea ce premier essai. Le souvenir d'un roman grec que Racine avait lu à Port-Royal lui inspira ensuite l'idée d'une tragédie, que de prudents avis le conduisirent à supprimer, Théagène et Chariclée{. Déjà il avait rencontré dans Molière et Roileau de sévères conseillers, qui lui apprenaient qu'on ne peut atteindre le bien qu'avec beaucoup d'application et de peine; et, ce qui est plus rare, il savait les écouler. En 1664 il donna la Thébaïde, en I660 Alexandre, qui annonçaient un poète plutôt qu'un auteur dramatique. Mais Andromaque, deux ans après, attesta que Corneille avait un successeur, ou, pour mieux dire, que la scène française comptait désormais une autre gloire. « On demandait après Corneille, a dit M. Nisard, des héros qui fussent plus hommes, des femmes qui fussent moins des héros. On voulait une plus grande part pour le cœur et une langue sinon plus belle que celle des beaux endroits de Corneille, du moins plus exacte que celle des pièces faibles, et, en général, plus pure et plus égale. » Racine, dans Iphigénie, dans Bérénice, dans Phèdre, répondit à ces vœux d'un goût plus difficile. En même temps il montrait, dans Britannicus et dans Mithridate, qu'il était capable de prêter aux plus généreux et aux plus fermes sentiments un langage digne d'eux. Les succès de ce grand homme furent loin, cependant, de ré-

1. a Une des choses qui m'ont fait le plus de bien, écrivait plus tard Racine à son fils aîné (le 24 juillet 1698), c'est d'avoir passé ma jeunesse avec une société de gens qui se disaient assez volontiers leurs vérités, et qui ne s'épargnaient guère les uns les autres sur les défauts de leurs ouvrages. »

pondre à la supériorité de ses ouvrages. Le dégoût des injustices qu'il eut à subir, et un plus noble motif, d'honorables scrupules religieux, l' éloignèrent des travaux du théâtre daBs la pleine maturité de son génie. Toutefois, vers la fin de sa carrière, il le déploya encore, dans son plus grand éclat, en composant les tragédies sacrées à'Esther et d'Alhalie pour la maison de Saint-Cyr, où M'ne de Maintenon avait recueilli les jeunes filles nobles sans fortune. 11 est triste de rappeler que ce dernier chef-d'œuvre, le chef-d'œuvre, a dit Voltaire, non seulement de notre scène, mais de l'esprit humain, fut méconnu des contemporains, et que Racine, lorsqu'il mourut en 1 699, emporta la douloureuse pensée qu'il n'avait pas réussi ; l'admiration unanime de la postérité a du moins protesté contre cette erreur.

Le réveil du chrétien.

Les portes du jour sont ouvertes; Le soleil peint le ciel de rayons éclatants : Loin de nous cette nuit dont nos âmes couvertes Dans le chemin du vice ont erré si longtemps!

Imitons la lumière pure De l'astre étincelant qui commence son cours. Ennemis du mensonge et de la fraude obscure, Et que la vérité brille en tous nos discours.

Que ce jour se passe sans crime :

Que nos langues, nos mains, nos yeux soient innocents; Que tout soit chaste en nous, et qu'un frein légitime Aux lois de la raison asservisse nos sens.

Du haut de sa sainte demeure Un Dieu toujours veillant nous regarde marcher ; Il nous voit, nous entend, nous observe à toute heure, Et la plus sombre nuit ne saurait nous cacher.

Hymnes traduites du Bréviaire romain.

Combat intérieur*.

Mon Dieu, quelle guerre cruelle!

Je trouve deux hommes en moi2 :

L'un veut que, plein d'amour pour toi, Mon cœur te soit toujours fidèle ; L'autre, à tes volontés rebelle, Me révolte contre ta loi.

L'un, tout esprit et tout céleste, Veut qu'au ciel sans cesse attaché Et des biens éternels touché, Je compte pour rien tout le reste; Et l'autre, par son poids funeste, Me tient vers la terre penché.

Hélas! en guerre avec moi-même, Où pourrai-jc trouver la paix?

Je veux, et n'accomplis jamais; Je veux; mais, ô misère extrême!

Je ne fais pas le bien que j'aime, Et je fais le mal que je hais3.

0 grâce, ô rayon salutaire, Viens me mettre avec moi d'accord; Et, domptant, par un doux effort.

Cet homme qui t'est si contraire, Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort.

Cantiques spirituels''.

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