‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 114 sur 156 · Mithridate parle du char des triomphateurs romains · texte numérisé non relu

Mithridate parle du char des triomphateurs romains

2. Latinisme, in cere, pour : sur l'airain. Les victoires romaines étaient gravées sur des tables d'airain, au Capitule.

3. Voyez le discours de Galgacus, dans Tacite. Agricola, ch. xxx : « Raptores orbis..., quos non Oriens, non Occidens satiaverit. » « Ces ravisseurs du monde, et que ni l'Orient, ni l'Occident ne sauraient rassasier. » Bossuet, imitant aussi cette expression, a appelé les Romains les ravageurs du monde.

C'est l'effroi de l'Asie, et, loin de l'y chercher, C'est à Rome, mes fils, que je prétends marcher.

Ce dessein vous surprend, et vous croyez peut-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître. J'excuse votre erreur; et, pour être approuvés, De semblahles projets veulent être achevés.

Ne vous figurez point que de cette contrée Par d'éternels remparts Rome soit séparée. Je sais tous les chemins par où je dois passer; Et si la mort bientôt ne me vient traverser, Sans reculer plus loin l'effet de ma parole, Je vous rends, dans trois mois, au pied du Capitole.

Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours* Aux lieux où le Danube y vient finir son cours; Que du Scythe avec moi l'alliance jurée De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée? Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats, Nous verrons notre camp grossir à chaque pas. Daces, Pannoniens, la fière Germanie, Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie. Vous avez vu l'Espagne, et surtout les Gaulois, Contre ces mêmes murs, qu'ils ont pris autrefois, Exciter ma vengeance, et jusque dans la Grèce, Par des ambassadeurs accuser ma paresse. Us savent que, sur eux prêt à se déborder, Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder; Et vous les verrez tous, prévenant son ravage, Guider dans l'Italie et suivre mon passage2.

C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin, Vous trouverez partout l'horreur du nom romain,

L II faudrait, pour être vrai, mettre dix jours : car des environs d'Asaph et du détroit de Caffa, où Racine établit la scène de sa pièce, il y a près de trois cents lieues à faire avant de débarquer sur les rives du Danube. Mais il faut remarquer que Mithridate est ici intéressé à présenter comme facile l'exécution de son projet : il veut se le persuader à lui-même.

2. Ce vers plein de fierté fait entendre que les peuples alliés de Mithridate le guideront jusqu'en Italie, mais que, la frontière franchie, c'est lui qui marchera le premier.

Feugère. Quatrième. Extraits. 18

Et la triste Italie, encor toute fumante

Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante1.

Non, princes, ce n'est point au bout de l'univers

Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers;

Et, de près, inspirant les haines les plus fortes,

Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes.

Ah! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur

Spartacus, un esclave, un vil gladiateur;

S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent,

De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent

Sons les drapeaux d'un roi longtemps victorieux,

Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux?

Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre'

Vide de légions qui la puissent défendre,

Tandis que tout s'occupe à me persécuter,

Leurs femmes, leurs enfants, pourront-ils m'arrôter?

Marchons; et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers; Qu'ils tremblent, à leur tour, pour leurs propres foyers2. Annibal l'a prédit, croyons-en ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu. Brûlons ce Capitole où j'étais attendu3, Détruisons ses honneurs, et faisons disparaître La honte de cent rois, et la mienne peut-être; El, la flamme à la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d'éternels affronts4.

Ibid., acle III, scène i.

1. La guerre sociale était achevée depuis vingt-cinq ans à peine.

2. Comme il faut rimer non seulement pour les yeux, maie pour l'oreille, cette rime, à raison de la prononciation actuelle du mot foyers, ne serait plus admissible ; mais on prononçait autrefois foyères.

3. Comme captif, pour servir d'ornement au triomphe des Romains.

4. Les noms des peuples vaincus gravés sur les tables d'airain du Capitole. Peut-être les R.omains y ont déjà placé le nom de Mithridate.

Dernières paroles de Mithridate mourant.

Pharnace a levé le masque. Il a appelé les Romains dans les États de son père ; il a voulu le leur livrer. Mithridate furieux s'est élancé à la rencontre de ses ennemis pour les combattre ; mais bientôt, accablé par le nombre, pour ne point tomber vivant entre leurs mains, il a plongé un poignard dans sa poitrine. A peine le coup est-il porté, que Xipharès, paraissant suivi d'une troupe de ses amis, renverse les Romains, les force de regagner leurs vaisseaux, et revole ensuite vers son père, qu'il trouve près d'expirer : celui-ci veut rendre le dernier soupir aux pieds de Monime, qu'il avait choisie pour son épouse. En la voyant joindre ses pleurs à ceux de son fils Xipharès, Mithridate leur adresse à tous detix ces paroles :

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre : Mon sort de sa tendresse et de votre amitié ' Veut d'autres sentiments que ceux de la pitié; El ma gloire, plutôt digne d'être admirée, Ne doit point par des pleurs être déshonorée. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu : La mort dans ce projet m'a seule interrompu. Ennemi des Romains et de Ja tyrannie, Je n'ai point de leur joug subi l'ignominie; Et j'ose me flatter qu'entre les noms fameux Qu'une pareille haine a signalés2 contre eux, Nul ne leur a plus l'ait acheter la victoire, Ni de jours malheureux plus rempli leur histoire. Le Ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein, Rome en cendres me vit expirer dans son sein ; Mais au moins quelque joie en mourant me console : J'expire environné d'ennemis que j'immole; Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains, Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. A mon fils Xipharès je dois cette fortune : Il épargne à ma mort leur présence importune....

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