‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 121 sur 156 · Souvenir de Virgile, Enéide, livre VI, vers · texte numérisé non relu

Souvenir de Virgile, Enéide, livre VI, vers

Quod non sua seminat arbos.

« (Cette plante) étrangère à l'arbre qui la porte. »

Malgré d'assez grandes inégalités dans ses ouvrages, J. B. Rousseau est digne encore d'être compté parmi nos poètes classiques. On admirera toujours la magnificence et l'éclat de ses belles odes ; en outre, il a été le créateur d'un genre nouveau en poésie, de la cantate1. Ajoutons qu'il a laissé plusieurs comédies assez froides, des épigrammes piquantes, et des épîtres parfois ingénieuses et faciles2. Né à Paris, en 1671, d'un artisan qui épuisa ses ressources pour le placer au collège du Plessis, il annonça de bonne heure les plus brillantes dispositions; mais son caractère ne fut jamais au niveau de son esprit. Assez faible pour rougir de sa naissance, il fut, assure-t-on, un fils ingrat, et l'on ne saurait s'étonner qu'il ait passé dès lors pour un malhonnête homme. De là les malheurs de sa vie, qui exercèrent une fâcheuse influence sur ses talents. Il fut, en effet, banni en 1712 par arrêt du parlement, et il passa à l'étranger le reste de ses jours : ce long exil finit par altérer sensiblement la correction de son langage. La cause de sa condamnation avait été une pièce de vers scandaleux, dont il fut réputé l'auteur : il paraît bien avéré aujourd'hui qu'il n'était pas coupable; mais il porta la peine de sa mauvaise réputation. Néanmoins, il faut constater, à l'avantage de sa mémoire, que J. B. Rousseau, jusqu'à sa mort, qui eut lieu à Bruxelles en 4744, conserva des amis honorables, entre lesquels on remarque Rollin, qui lui a adressé plusieurs lettres. On peut le considérer pour le style, comme l'anneau qui unit, en quelque sorte, le dix-septième siècle au dix-huitième.

1. Ce sont des odes, comme l'explique J. B. Rousseau lui-même, « particulièrement affectées au chant, d'après l'exemple des Italiens. Les mesures des strophes y sont diversifiées, et les vers, tantôt plus longs et tantôt plus courts. »

2. On parlerait de ses Allégories, si ce genre faux n'était justement tombé dans le discrédit.

Les chrétiens, vainqueurs de leurs ennemis, rendent grâces à Dieu1.

Une affreuse clarté dans les airs répandue A jeté la frayeur clans leur troupe éperdue : Par l'effroi de la mort ils se sont dissipés; Et l'éclat foudroyant des lumières célestes ■

A dispersé leurs restes

Aux glaives échappés.

Insensés qui, remplis d'une vapeur légère, ÎN'e prenez pour conseil qu'une ombre mensongère, Qui vous peint des trésors chimériques et vains 3, Le réveil suit de près vos trompeuses ivresses,

Et toutes vos richesses

S'écoulent de vos mains.

L'ambition guidait vos escadrons rapides ; Vous dévoriez déjà, dans vos courses avides, Toutes les régions qu'éclaire le soleil; Mais le Seigneur se lève : il parle, et sa menace

Convertit votre audace

En un morne sommeil.

0 Dieu, que ton pouvoir est grand et redoutable ! Qui pourra se cacher au trait inévitable Dont tu poursuis l'impie au jour de ta fureur? A punir les méchants ta colère fidèle

Fait marcher devant elle

La mort et la terreur.

Odes, livre Ier.

1. Imitation du psaume lxxv, appliquée, comme le remarque J. B. Rousseau, à la dernière guerre de l'Empire contre les Turcs, c'est-à-dire à celle qui fut terminée par la paix de Carlowitz, en 1699.

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