Titb-Live, liv. II, chap. ix
parjures qui ne voulaient pas leur tenir parole, ou qui chicanaient sur leurs serments; combien il a condamné de mauvais conseils qui avaient eu d'heureux succès; je vous dirai seulement que cette auguste compagnie n'inspirait rien que de grand au peuple romain, et; donnait en toutes rencontres une haute idée de ses conseils, persuadée quelle était que la réputation était le plus ferme appui des Etats.
On peut croire que dans un peuple si sagement dirigé les récompenses et les châtiments étaient ordonnés avec grande considération1. Le sénat, dont l'approbation tenait lieu de récompense, savait louer et blâmer quand il fallait. Incontinent après le combat, les consuls et les autres généraux donnaient publiquement aux soldats et aux officiers la louange ou le blâme qu'ils méritaient ; mais eux-mêmes ils attendaient en suspens le jugement du sénat, qui jugeait de la sagesse des conseils, sans se laisser éblouir par le bonheur des événements2. Les louanges étaient précieuses, parce qu'elles se donnaient avec connaissance; le blâme piquait au vif les cœurs généreux, et retenait les plus faibles dans le devoir. Les châtiments qui suivaient les mauvaises actions tenaient les soldats en crainte, pendant que les récompenses et la gloire bien dispensées les élevaient au-dessus d'euxmêmes.
Qui peut3 mettre dans l'esprit des peuples la gloire, la patience dans les travaux, la grandeur de la nation, et l'amour de la patrie, peut se vanter d'avoir trouvé la constitution d'Etat la plus propre à produire de grands hommes. C'est sans doute les grands hommes4