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2. La beauté d'une image consiste dans le rapport parfait de chaque terme avec l'objet comparé, qu'il soit exprimé ou sousentendu. Cette pensée de La Bruyère est le modèle des comparaisons justes et naturelles.
Le seul nom de Fénelon rappelle ce que la vertu chrétienne a de plus aimable, ce que le style français a de plus pur1. Issu d'une ancienne et noble maison, qui avait déjà donné au pays plusieurs hommes distingués, il naquit dans un château du Périgord en 1631. De bonne heure entraîné par une vocation décidée vers l'état ecclésiastique, il étudia à Sainl-Sulpice avec autant d'ardeur que de succès : ses talents ne furent pas moins précoces que ceux de Bossuet, dont il parut être le rival de son vivant, et auprès de qui l'admiration delà postérité l'a placé avec justice. S'il a moins d'élévation et de vigueur que ce grand homme, il a plus d'onction2 et plus de charme. Ce caractère de son talent, se répandant sur toute sa conduite, le fit toujours aimer. Par ce don spécial de se concilier les cœurs il obtint un admirable succès dans l'éducation du duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, dont il fut chargé, et pour laquelle il a composé ses plus célèbres ouvrages. Nommé ensuite archevêque de Cambrai, il ne se consacra pas avec moins de dévouement à ses fonctions épiscopales3, répandant partout autour de lui les bons enseignements et le goût de la piété. 11 mourut au commencement de 1713 quelques mois avant Louis XIV. Outre son Traité de l'Existence de Dieu, ses Dialogues des Morts et sur l'Élu-
1. « Veut-on dessiner, a dit le comte de Maistre, la grandeur idéale, qu'on essaye d'imaginer quelque chose qui surpasse Fèuelon : on n'y réussira pas. » Et Vauvenargues, avant lui : « Admirable génie, quelle bonté de cœur, quelle sincérité se remarque dans tes écrits ! quel éclat de paroles et d'images ! » Cf. La Bruyère, Discours de réception à V Académie.
2. L'abbé Muury a traité « de Fonction de Fénelon ». dans le i.xxive chapitre de son Essai sur l'Éloquence de la Chaire; cf. ibid., le chapitre lix.
3. On en jugera par ce fragment d'une de ses lettres, adressée de Cambrai à un de ses amis : « J'ai à visiter sept cent soixante et quatre villages. Vous ne serez pas surpris que je veuille faire mon devoir, vous que j'ai vu si scrupuleux sur le votre. » Saint-Simon, dans ses Mémoires, a rendu un éclatant hommage au zèle pastoral de Fénelon : « Visites d'hôpitaux, dispensation large, mais judicieuse, d'aumônes, surveillance des communautés, rien ne lui échappait : il suffisait à toutes les fonctions de son état. »
quence, ses Fables et son Télémaquc, il a laissé de nombreux écrits, qui offrent une lecture aussi salutaire à l'esprit qu'à l'âme, et entre lesquels se remarquent des Sermons où brillent de beaux traits d'éloquence. On signalera aussi sa Lettre sur les occupations de V Académie française : il était devenu membre de ce corps en 1693.
Descente de Télémaquc aux enfers1.
Télémaque s'avance à grands pas : il voit de tous côtés voltiger des ombres plus nombreuses que les grains de sable qui couvrent les rivages de la mer ; et, dans l'agitation de cette multitude infinie, il est saisi d'une horreur divine, observant le profond silence de ces vastes lieux.
Pluton était sur un trône d'ébène : son visage était pâle et sévère, ses yeux creux et étincelants2, son front ridé et menaçant : la vue d'un homme vivant lui était odieuse, comme la lumière offense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sortir de leurs retraites que pendant la nuit. A son côté paraissait
1. Sur la composition si antique et si neuve du Télémaque, on consultera avec fruit, entre plusieurs morceaux importants, la notice de Villemain : l'èminent critique y montre bien la part d'invention propre à Fénelon, sans compter, dit-il, ce qu'il y a de créateur dans l'imitation des beautés étrangères, imitation qui ne semble ici avoir coûté aucun effort. « Rien n'est plus digne d'éloge que l'ordonnance de ce livre, ajoute Villemain, et l'on ne trouve pas moins de grandeur dans Tidée générale que de goût et de dextérité dans la réunion et dans le contraste des épisodes. Le caractère le plus heureux dans cette riche variété de portraits, c'est celui du jeune Télémaque. Ce caractère offre le charme de la vertu et les vicissitudes de la faiblesse ; il n'en a pas moins de mouvement, parce qu'il tend à la perfection. »