‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 86 sur 156 · A son gré, à son sens · texte numérisé non relu

A son gré, à son sens

4. Le lynx a la vue très perçante, et la taupe, dont les yeux sont presque imperceptibles, passe, au contraire, pour y très peu voir.

Feugère. Quatrième. Extraits. 15

Nousnouspardonnonstoul, el rien auxautres hommes On se voit d'un autre œil qu'on ne voil son prochain.

Le Fahricateur souverain Nous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il fit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d'aulrui '1

Fables, I, fable vu.

Le Berger et la Mer.

Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins, Se contenta longtemps un voisin d'Amphitritc2 :

Si sa fortune élait petite,

Elle était sûre tout au moins.

A la fin, les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau, Trafiqua de l'argent 3, le mit entier sur l'eau.

Cet argent périt par naufrage; Son maître fut réduit à garder les brebis, Non plus berger en chef comme il était jadis, Quand ses propres moulons paissaient sur le rivage: Celui qui s'élait vu Corydon ou Tircis

Fut Pierrot, et rien davantage4.

1. La besace est, eu effet, une espèce de sac ouvert par le milieu et ferme par les deux bouts, de manière qu'il forme deux poches : les pauvres recueillent les aumônes dans ces sortes de sacs, qu'ils portent sur leurs épaules. Un peut lire de très intéressantes observations faites sur cette fable par Saint-Marc Girardin dans la IVe leçon de son livre intitulé : La Fontaine et les Fabulistes, tome I, p. 91 et 92.

2. Amphitrite est la femme de Neptune : elle est prise par extension pour la mer elle-même.

3. Fit le trafic au moyen de l'argent qu'il avait tiré de son troupeau.

4. Ce sont trois noms de bergers. Corydon et Tircis jouissent d'une aisance agréable ; Pierrot, au contraire, est réduit à une condition servile.

Au bout de quelque temps il fit quelques profits,

Racheta des bêles à laine; El comme un jour les vents, retenant leur baleine, Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux l : « Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux, Dil-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :

Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre. »

Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.

Je me sers de la vérité

Pour montrer, par expérience,

Qu'un sou, quand il est assuré*,

Vaut mieux que cinq en espérance ; Qu'il se faut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition

Nous devons fermer les oreilles.

Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.

La mer promet monts et merveilles :

Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront.

fbid., IV, fable n.

irr»8rri

La demeure du Sommeil *.

Sous les lambris moussus* de ce sombre palais Echo ne répond point, et semble être assoupie.

1. Ce calme trompeur de la mer a été rendu par un vers admirable de Lucrèce (II, 559) :

Subdola qunm ridet placMi pt-llacia ponti. « Quand nous invite le sourire trompeur d'une mer tranquille. »

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