C'est-à-dire des feux de joie
2. Cette rime, comme nous l'avons déjà dit, serait aujourd'hui vicieuse, la prononciation de l'inlinitif des verbes en er étant devenue plus faible et plus lourde.
3. Inversion admise dans le style familier : il fait bon de regarder de loin...
La Peinture.
Elle-même Tante ses avantages.
A de simples couleurs mon art, plein de magie, Sait donner du relief, de l'âme, de la vie. Ce n'est rien qu'une toile; on pense voir des corps. J'évoque, quand je veux, les absents et les morts. Je transporte les yeux aux confins de la terre1 : Il n'est événement, ni de paix, ni de guerre, Que mon art n'ait enfin appris à tous les yeux. Les mystères profonds des empires, des deux, Sont par moi révélés; par moi l'œil les découvre. Que la porte du jour se ferme ou qu'elle s'ouvre, Que le soleil nous quitte ou qu'il vienne nous voir, Qu'il forme un beau matin, qu'il nous montre un beau J'en sais représenter les images brillantes. [soir,
Mon art s'étend sur tout : c'est par mes mains savantes Que les champs, les déserts, les bois et les cités Vont en d'autres climats étaler leurs beautés. Je fais qu'avec plaisir on peut voir des naufrages : Et les malheurs de Troie ont plu dans mes ouvrages. Tout y rit, tout y charme : on y voit sans horreur Le pâle Désespoir, la sanglante Fureur, L'inhumaine Clotho, qui marche sur leurs traces : Jugez avec quels traits je sais peindre les Grâces2,
Ibid., tome II, p. 162.
1. Je fais en sorte que les objets les plus éloignés deviennent visibles aux yeux.
2. Traces et grâces riment imparfaitement, parce que l'a de traces est bref, et que l'a de grâces est long. Des derniers vers de ce morceau, il y a à dégager un principe essentiel du goût, aussi vrai pour la peinture que pour la poésie. C'est que l'art ne doit pas chercher à nous donner la sensation dure et âpre de la réalité. Il faut, comme le dira encore Boileau (Art poétique, chant III), que la pitié soit douce et la terreur charmante.
Paraphrase du Dies irœ l.
Quel sera notre état au dernier jour de l'univers. Prière à Dieu.
De quel frémissement nous nous verrons saisis ! Qui se croira pour lors du nombre des choisis? Le registre des cœurs, une exacte balance, Paraîtront aux côtés d'un juge rigoureux. Les tombeaux s'ouvriront; et leur triste silence Aura bientôt fait place aux cris des malheureux.
La nature et la mort, pleines d'étonnement, Verront avec effroi sortir du monument2 Ceux que dès son berceau le monde aura vus vivre. Les morts de tous les temps demeureront surpris En lisant leurs secrets aux annales d'un livre Où même leurs pensers se trouveront écrits.
Tout sera révélé par ce livre fatal :
Rien d'impuni. Le juge, assis au tribunal, Marquera sur son front sa volonté suprême. Qui prîrai-je en ce jour d'être mon défenseur? Sera-ce quelque juste? Il craindra pour lui-même, Et cherchera l'appui de quelque intercesseur.
Roi, qui fais tout trembler devant, ta majesté, Qui sauves les élus par ta seule bonté, Source d'actes remplis d'amour et de clémence, Souviens-toi que pour moi tu descendis des cieux ; Pour moi, te dépouillant de ton pouvoir immense, Comme un simple mortel tu parus à nos yeux.
Tu pourrais aisément me perdre et te venger : Ne le fais point, Seigneur; viens plutôt soulager Le faix sous qui 3 je sens que mon âme succombe.
1. C'est une des plus belles proses ou séquences de l'Eglise catholique, sur le jour du Jugement dernier.