Perse a dit , dans sa première satire , v. Î
Sctre tuum nibil est, nisi te scirc hoc sciât aller?
!38 MOLTftRE.
Je respecte beauroui» rnadam*; votre mère; Mais je ne puis du tout approuver sa chimère, Et me rendre l'écho des choses qu'elh; dit , Aux encens* qu'elle donne à son héros d'esprit. Son monsieur Trissotin* me chagrine, nrf assomme; Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme, Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits Un benêt dont partout on siffle les écrits. Un pédant dont on voit la plume libérale D'officieux papiers fournir toute la halle.
HENRIETTE
Ses écrits, ses discours, tout m'en semble ennuyeux, Et je me trouve assez votre goût et vos yeux. Mais , comme sur ma mère il a grande puissance , Vous devez vous forcer à quelque complaisance. Un amant fait sa cour où' s'attache son cœur. Il veut de tout le monde y gagner la faveur ; Et, pour n'avoir personne à sa llamme contraire, Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire*.
CLITANDRE
Oui, vous avez raison; mais monsieur Trissotin
1. Aux remplace ici pour les, à l'égard des....: c'était un tour fort reçu au dix-septième siècle, et dont on a rencontré précédemment de? e^erapks. Encens , au pluriel , signifiant loucunjrs , hommages , a cessé d'èlre usité ; mais on le trouve plusieurs fois dans Molière ainsi que dans Corneille.
2. En lui nous reconnaissons Colin. Pour empêcher que le public ne s'y méprît, Molière avait, dit-on, revêtu d'habils qui avaient appartenu à celui-ci l'acteur chargé de jouer ce personnage, et il l'avait d'abord appelé Tricotin : nom qu'il eut la malice de changer en Trissotin, équivalant à trois fois sot. Lorsque l'abbé Cotin mourut , en 1682 , on vit paraître ce quatrain de La Monnoye :
Savez-vous en quoi Cotia Diffère de Trissotin?
Cotin a fini ses jours : Trissotin vivra toujours.
Quanta la licence antique, prise par Molière, de traduire un contemporain sur le théâtre, on devra se rappeler, pour l'excuser, que c'était Colin qui avait commencé les hostilités contre lui par une satire très-violente ( il en est parié dans les Mélanges de Vigneul-.Marville, t. III , p. '291 ). On a , d'ailleurs, fait observer avec raison que, tout en se moquant du poêle, Molière, plus retenu que Roileau, n'avait garde de rien dire du prédiraleur ou de l'ecclésiastique. Plusieurs traits dirigés conlre Trissotin ne peuvent évidemmeni porter sur Cotin, dont la vie privée est ainsi mise hors de cause. L'auteur ridicule est seul bafoué.
3. Dans le lieu , dans la maison , faut-il sous-entendre. Ellipse excellente, que nous n'avon pas été assez jaloux de retenir. Cet usage de l'adverbe où, que Vaugelas déclarait t élégant et commode, » était fort répandu au di.x-septième siècle , et non sans raison , puisque ce petit mot était de grande ressource et très- favorable à la concision du style.
4. Celte réponse, pleine de modestie et d'enjouement, est heureusement terminée par une locution proverbiale très-piquante dans sa simplicité, et empruntée à VAsinaire de Piaule, 1 ,3, v. 32.
MMnspire au fond de l'âme un dominant chagrin. Je ne puis consentir, pour ga};ner ses suffrages, A me deshonorer en prisant ses ouvrages : C'est par eux qu'à mes yeux il a d'abord paru, Et je le connaissais avant que l'avoir vu....