U faudrait dire aujourd'hui : qui sachions
4. La Harpe remarquait que. de son temps, Molière n'attirait pas autant de monde que nos grands tragiques, « parce que, disait-il, on aime encore mieux être ému (]ue d'éire amusé. • Par un retour du goùl public, dont il ne serait pas Irés-difricile de donner la raison , le contraire est arrivé de nos jours. Ajoutons qu'un mérite qui empêchera Molière de vieillir, quels que soient les changements qu'introduise l'avenir dans notre «ociété, c'est qu'il ne cessera pas d'être vrai. En eCTet, il a peint ce qui e?l inhérent à la nature de Thomme; il a su relléter le monde et la vie : de là l'intérêt coatinu qui le rendra le conleoiporain de tous les âges.
Uoiloau, né a Paris en 1636, avait commencé par se faire recevoir avocat, comme P. Corneille, et il se disait, à raison de l'élat doses pèris, sorti de la poudre du greffe. Successr'ur do Ufgnier, mais plus réjs'Ié que lui dans sa marche, sans avoir moins de verve, il oumplétn Tueuvrc de réforme entreprise par Malherbe, Balzac et Vaugolas. Son caractère, comme son talent, avait de l'autorité et de la vigueur. C'est ce qui explique son influence, qui, si grande de son vivant, a durJ après lui, malgré les protestations et les révoltes. Les efforts de ses adversaires n'ont fait que sanctionner sa gloire. Nul, en cffe! , n'a su renfermer avec plus de netteté et Je vigueur sa pensée dans un vers énergiquement frappé : encore ne s'est il pas contenté de cUercher et d'alltindre pour lui le digré suprême de la perfection; il a enseigné aux habiles à se contenter difliiileinent pour èire plus sûrs de contenter le lecteur. Dans la satire et dans l'épitre, on a pu faire autrement, on n'a pas mieux fait que lioileau. Jamais les règles de la po( *e n'ont trouv." un plus élégant et plus judicieux interprèle. Quelques morceaux de lui attestent en outre qu il était capable d'une haute in5j)iraiion héroïque : et, en se jouant dans une épopée badine, il a montré que ioriginalilé de l'invention ne manquait nullement à son sage esprit, et qu • son imagination flexible pouvait prendre au besoin les tons les plus divers'.
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df lui : mais l,a lîruycn; i-l VauvciiiiiKncs l ont jugé avec élévation; t-l.de Son temps iléjh , Sainl-I'.vrcniond l'avait ainsi apprécié: • Il n'y a |)oinl d'awliMir (]ni fasse plus ti'lionni'iir à noire sieclr que Ocspréaux : rn faiic un éUi;;c' plus éUMiilu , ce serait cnireprcndrc sur ses ouvrages . qui le r(>nl euxniénics. » La Harpe lui a consacré l'un des meilleurs ailicles de son Cours de lillcrftlitre. \)i\<\noii , Viclorin ral)re, Auper (l'ouvrage de ce dernier a été couronné en ISt»") par l'Académie française ), plus réceunnenliM. Nisanl , dans son Hmioive ùe In lillèuuuie Inniçttise, cl M. Geruzez ont digni nient parlé de Hoileau. On signalera, parmi ses étlilcurs elcominenlaleurs, Urossellc, Sainl-AJarc, Âuar cl Derriat-Sainl-i'rix.
104 BOILKAU.
lîpîire IV (frfigmcnt).
Le passage du Hhin '.
Au pied du mont Adule*, entre mille roseaux , F.e liliifi, tranquille et lier du progrès de ses eaux , Appuyé d'un(î main sur son urne penciiante, Dormait au bruit Halteur de son onde naissante*, Lorsqu'un cri tout à coup suivi de mille cris Vient d'un calme si doux retirer ses esprits. Il se trouble, il re^jarde , et partout sur ses rives il voit fuir à grands pas ses naïades craintives. Qui toutes, accourant vers leur buniide roi, Par un récit allïeux redoublent son ellroi. Il apprend qu'un héros, conduit par la victoire, A de ses bords fameux flétri Tantique gloire ; Que Rneinberg et Wesel*, terrassés en deux jours, D'un joug déjà prochain menacent tout son cours. « Nous Tavons vu, dit Tune, affronter la tempête De cent foudres d'airain tournés contre sa tête. Il marche vers Tholus, et tes Ilots en courroux, Au prix de sa fureur, sont tranquilles et doux. Il a de Jupiter la taille et le visage*; Et depuis ce Romain^ dont l'insolent passage Sur un pont en deux jours trompa tous tes efforts, Jamais rien de si grand n'a paru sur tes bords. »
Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles : Le feu sort à travers ses humides prunelles.
1. L'arc de triomphe de la porte Saint-Denis est un monument de ce passage (12 juin 1672), t le prodige de la vie du grand roi , » a-t-on dit, et qui ptoduisil un enthousiasme dont on peut voir une curieuse preuve d;ins VlUsioire de Bossiiei par le cardinal de Baussel , t. I , p. 330. Ce fait niililairc, fort exagéré d'ailleurs par l'admiration contemporaine, a été réduit à ses justes proporlioiis par Voltaire, Siècle de Louis XI V, chap. \, et aussi par l'homme qui était le plus compétent en pareille matière, par Napoléon 1". Consulter à ce sujet les Lelircs de madame de Sévigné, du 27 avril 1672, des 17 et 20 juin et du 3 juillet de la même ;innée. Le P. de La Rue a célébré également cet exploit dans de beaux vers latins qui ont été traduits par Corneille.
2. On appelait autrefois, dans les Alpes, 3/ons Adidits la masse de montagnes d'où sortent les sources du Rhin; c'est aujourd'hui le Saini-Gothard.
3. On s.iit que les anciens représentaient les fleuves sous la figure d'un dieu à longue barbe : tradition conservée par nos poètes.
4. Villes du grand-duché du Bas-Rhin, auquel appartient aussi Tholus, cité plus bas. *