‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 116 sur 254 · C'est la traduction d'un vers d'Homère , //., Il · texte numérisé non relu

C'est la traduction d'un vers d'Homère , //., Il

''0\).\s.a.z'x v.c'.l x£ça).y;v \7.t).oz Ail TepTT'.y.epa'JVW.

6. Ce Romain est Jl.cs César, qui franchit le Rhin pour aller porter la guerre en Germanie , 55 ans avant J. C. : voy. de Bello gallico, IV, 17.

« C'est donc trop peu, dit-il, qui3 i Escaut, en deux mois.

Ait appris à couler sous de nouvelles lois* ;

Et de mille remparts mon onde environnée

Do ces neuves sans nom suivra la destinée!

Ah ! périssent mes eaux, ou par d'illustres coups

Montrons qui doit céder des mortels ou de nous. »

A ces mots, essuyant sa barbe limoneuse,

11 prend d'un vieux ^Mierrier la ligure poudreuse :

Son froiit cicatiicé^ rend son air furieux,

Et l'ardeur du combat éliucelle en ses yeux.

En ce mouKMit il j)art, et couvert d'une nue,

Du fameux fort de Skink prend la roule connue.

Là, contempiant son cours, il voit de toutes parts

Ses pâles défenseurs par la frayeur épais;

Il voit cent bataillons, qui, loin de se défendre,

Attendent sur des murs l'ennemi pour se rendre.

Confus, il les aborde, et, reiiforçant sa voix :

« Grands arbitres, dit-il, des querelles des rois,

Est-ce ainsi que votre âme, aux périls aguerrie.

Soutient sur ces remparts Tlionneur et la patrie^

Votre ennemi superbe, en cet instant famiîux.

Du Rhin, près de Tliolus, fend les flots écumeux :

Du moins, en vous montrant sur la rive opposée,

N'os(Tiez-\ous saisir une victoire aisée?

Allez, vils combattants, inutiles soldats :

Laissez là ces mousquets trop pesants pour vos bras ;

Et, la faux à la main, parmi vos marécages*,

1. Peu aup.'travanl Louis XIV s'était, dans une très-courte carnpapne, emparé de la Flandre. Celle rapide conquèle inspirait à Corneille ces beaux vers ( Pocmessur les victoires du roi):

Tu reviens , ô mon roi , tout couvert de lauriers ;

Les palmes à la main tu nous rends nos guerriers;

Et les peuples, surpris et charm-s de la gloire,

Mêlent un |)eu d'envie à leurs chants de victoire.

Ils voudraient avoir vu comme eux , aux champs de Mars,

Ton aM^usle fierlii guider les t'icndards,

Avoir dompii'; comme OUÏ l'Esiiagnc eu sa milice,

Rtduil comme eux la Flaudre à te rendre justice.

Et su mieux prendre part h tant de murs forcés

Que par des feux de joie et des vœux exauces....

2. Au dix-seplième siècle une nuance séparait cos deux adjectiTs cicatrice el cicalnsc. : le prenù«'r siffniliait couvert de cicalrices, le secoml se disait d'une plaie qui s'e-l fermée, (".elle dislinclion n'a pas subsisté, et l'adjeclif cicatrisé esl seul usité aujourd'hui dans les deux sens.

;^. Allusion aux mois Pro honore et T^atria , inscrits sur les drapeaux hollandais.

4. Ce vers, fort bon en lui-même, manque loulefois de justesse ou de netteté par rapport au vers qui le suit. Pour couper les joncs il convient sans doute d'avoir la faux à la main , mais non plus pour presser les laitages.

t..6 BOILKAU.

Allez coupcîf vos joncs et pr<isser vos laitages ;

Ou, gardant les seuls bords qui vous peuvent couvrir,

Avec moi, de ce pas, venez vaincre ou mourir. >

Ce discours d'un {,'uorrier (jue la colère eFidamnie Rossus<;ilo l'horintMir déjà rnoiten leur âme; Et leurs coeurs s'alluniant d un reste d(; chaleur, La Ijoiitc fait en eux l'ellet de la valeur. Ils niarelient droit au fleuve, où Louis en personne, Di'jà prrt à [)ass('r, inslruil, dispose, ordonne. P;ir son ordre Grammont le premier dans les flots S'avance, soutenu d(!s regards du héros : Son coursier, écumaut sous son maître intrépide . Nage tout ori-ueilleux de la main qui le guide. Uevel le suit do piès : sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l'escadron indompté. Mais déjà devant eux une clialeur guerrière Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguière , Vivonne, Nantouillet, et Coislin, et Salart; Chacun d'eux au péril veut ia première part : Vendôme, que soutient Torgueil de sa naissance'. Au même instant dans l'onde impatient s'élance : La Salle, Béringhen, Nogent, d'Ambre, Cavois, Fendent les flots tremblants sous un si noble poids-. Louis, les animant du feu de son courage, Se plaint de sa grandeur qui l'attache au rivage *. Par ses soins cependant trente légers vaisseaux D'un tranchant aviron déjà coupent les eaux : Cent guerriers s'y jetant signalent leur audace. Le Rhin les voit d'un œil qui porte la menace ; Il s'avance en courroux. Le plomb vole à linstant, Et pleut de toutes part? sur l'escadron flotlr.nt : Du salpêtre en fureur l'air s'échauffe et s allume',

t. Il descendait de Henri IV : J. B. Rousseau a célébré aussi le cour;ige de ce seigneur dans l'une de ses oties qui lui est adressée, 111 , 8.

2. On peut encore rapprocher de ces vers la pièce de Corneille, Sur les licloires du roi, imilée des vors lalins du Père de La Rue ;

Grammont ouvre le deuve à ces bouillants guerriers, Veiiiloiiie, d'un grand roi race loul h'roique, Vivouue, la terreur des galères d'Afrique, etc.

3. La malice n'a pas épargné ce vers : on a raillé le poêle d'avoir pris tant de peine

Pour chanter que Louis n'a point passé le-RIiin.

La réflexion est plus spirituelle que juste et le Irsii n'en conserve pas moins sa dignité et sa grandeur.

4. Heureuse et énergique concision. C'est en effet le salpêtre qui fait que

l'Ll des coups redoublés tout le rivage fume. Déjà du plomb mortel plus d^un brave est atteint: Sous les fougueux coursiers Tonde écume et se plaint De tant de coups alTreux la tempête orageuse Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse ; Mais Louis d'un regard sait bientôt la lixer : l.(; destin à ses yeux n'oserait balancer, lîiciilôt avec Gnimmont courent Mais et Dellone ; Le Rhin à leur asi)ect d'(''pouvante frissonne: Quand, pour nouvelltî alarme à ses esprits glacés, Un biuit s'(;pand qu'Engliiin et Cond(; sont passés' ; Coiidi', dont le seul nom lait tomber les murailles, Force les escadi'ous et gagne les batailles; Enghieii, de son hymen le seulHU digne fruit, Par lui dès son enfance à la victoire instruit. L'ennemi renversé fuit et gagne la plaine : Le dieu lui-même cède au torrent (lui Tentraîne, Et seul , désespéri^ pleurant ses vains elVorls, Abandonne à Louis la victoire et ses bords '.

K pitre VI (fragment).

A LamoignonV — Les plaisirs de la campagne.

Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville, Et contre eux la campagne est mon unique asile.

r«ir s't^chaufTe et s'allume. Uelille a dit avec moins de bonheur, dans le* Trois nè(jurs , cliaiil I , le nitre iraacible, (U^passanl ainsi le point jusle que Uoileau avail louché. Corneille , dans la pièce déjà citée :

Tout à roup il ( rmucmi) se montre, et de ses embuscades Il fait pleuvoir sur eux ccnl et rcnl mouscpicuides : Le ploinli vole, l'iur siffle, et les pins av.Tiicrs Cliancellerit sous les coups dont ils sont travers(?s....

1. Si Hniliaii n'a parlé ni de In l)|ps«nre que rcçiil Condé d.nns colle occasion . m (U" la nu.ri ,1,] neveu de ce prince. U- i< mn' due de l.onjiieviile ( qu il se proposait de ceioinci aiiu m» i, c'csl qu'il a voulu que u<ule laltniiidu , loul rinléréi, fussent en quelque sorte concentrés sur la perionne du roi.

'->. Il y a ime légère nétriigence dans la répétition de ce mol, déjà placé deux vers plus haut, et qui reparallra encore un pou plus bas.

;<. On peut voir d;:iis nos Moirciiiix choisis h l'usage (ie la classe do cinquiôuio . p. '20, les niéinos (ails rapporu-s par Pellisson. A la lecture de cette I)iece, ou se rappellera ce (pie nous dit .nilleurs Hoiloau , qu'il était venu au monde deux ans avant Louis X'V pour célébrer la prandeur de son rèpne. De tels vers peuvent faire reprcller qu'il n'ait |)as exercé son mile talent dans le genre tle l'épopée. Aueune do colles que nous posséilons n offre, on osera rallirmer, un épisode comparable à ce morceau pour la vivacité de 1 invention , la force du coloris et du mouvement.

4. Chrétien-François de Lamoignon, né en 1644 et mort en 1709, r mplit

If.s BOILKAU.

Du lieu qui m'y retint veux-lu voir le tableau ? C'est un petit village, ou plutôt un hameau*, Bâti sur le pciicliaut d'un long rang de collines, D'où l'œil s'égare au loin dan^ les plaines voisines. La Seine, au pied dG:^ monts que son (lot vient laver, Voit du sein de ses eaux vingt îles s'élever, Qui, partageant son cours en diverses manières, D'une rivière seule y foimt^nt vingt rivières. Tous les bords sont couverts de saules non plantée Et de noyers souvent du passant insultés ^ Le village au-dessus foime un aniptii théâtre; L'habitant ne connaît ni la chaux ni le plâtre; Et dans le roc, qui cède et se coupe aisément, Chacun sait de sa main creuser son logement. La maison du seigneur, seule un peu plus orne'e, Se présente au dehors de murs environnée. Le soleil en naissant la regarde d'abord. Et le mont la défend des outrages du nord.

C'est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquiil- Met à profit les jours que la Parque me file. Ici dans un vallon bornant tous mes désirs, J'achète à peu de frais de solides plaisirs. Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies, J'occupe ma raison d'utiles rêveries :

Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je construi*. Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui; Quelquefois, aux appas* d'un hameçon perfide. J'amorce en badinant le poisson trop avide ; Ou d'un plomb qui suit l'œil , et part avec l'éclair, Je vais faire la guerre aux habitants de l'air. Une table au retour, propre et non magnifique, Nous présente un repas agréable et rustique :

avec honneur les charges d'avocat général et de président à mortier. On désignait par ce dernier mol une espèce de bonnet rond de velours noir, bordé d'un galon d'or, que portaient les présidents du parlement, comme insigne de leur dignité.

1. « ïlaulile, peiiie seigneurie prta de la nocne-Guyon , appartenant à mon neveu l'illustre M. Dongois , greffier en chef du parlement » (Boileau), à 39 kil. de Paris, du côlé de Manies. Voltaire, qui avait connu Villuslre greffier, l'appelle dans son Epîireà Boileau :

Bon bourgeois qui se crut un homme d'importance.

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