Plutôt o l'appas, au singulier
Là, sans s'assujettir aux dogmes du Broussain*, Tout ce.qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain ; La maison le fournit, la fermière l'ordonne, Et mieux que Deriicral^ l'appétit l'assaisonne. 0 fortuné st'jour! ô champs aimes des cieux! Que, pour jamais foulant vos prés délicieux. Ne puis-je ici lixer ma course vagabonde, ■ Et connu de vous seuls oublier tout le monde'! Mais à peine, du sein de vos vallons chéris Arraché malgré moi, je rentre dans Paris, Qu'en tous lieux les chagrins nraltendenl au passag3. lin cousin, abusant d'un fâcheux parentage*, Veut qu'encor tout poudreux, et sans me débotter. Chez vingt juges pour lui j'aille solliciter; Il laut voir de ce pas les plus considérables : L'un demeure au Marais, et l'autre aux Incurables, Je reçois vingt avis qui me glacent d'elTroi :
— Hier, dit-on, de vous on parla chez le roi , Et datlentat horrible on traita la satire.
— Et le roi , que dit-il ? — Le roi se prit à rire. Contre vos derniers vers on est fort en courroux ; Pradon a mis au jour un livre contre vous ;
Et chez le chapelier du coin de notre place
Autour d'un caudebec j'en ai lu la préface ^
L'autre jour, sur un mot, la cour vous condamna.
Le bruit court qu'avant-hier on vous assassina :
Un écrit scandaleux sous votre nom se donne ;
D'un pasquin^qu'on a fait, au Louvre on vous soupçonne.
— Moi? — Vous : on nous l'a dit dans le Palais-Royal. Douze ans sont écoulés depuis le jour fatal
Qu'un libraire, imprimant les essais de ma plume, Donna, pour mon malheur, un trop heureux volume.
1. Le comte du Droussain , run des plus célèbres gourmels de ce siècle,
2. Fameux traileurde la rue des Doiis-Enranls. a. Horace (sal. Il, m, v. GO) :
0 rus, qnando (?go tcaspiclam! quandoquelicebit, Nunc velerum libris, iiunc sorano el iaerlibus horb, Ducere sollici'.a; jucunda ohlivia vilx!
Cf. Virgile, C.éorg.,\. II, v. 88.
4. HaUliazar lîoilcau , payeur de renies. Quand ceUe charge avait été supprimée , il avaii ent-ajré Dôileau à solliciter auprôs de Colberl le remboursemenl de ses fonds, l'uieiitage ne se dii [dus pour /iare;iM.
T). Méloiiyniie, pour chapeau fabriqué à Caudebec, petite ville de la Seino-lnlérienre. — l'radon avait violemment allaqué Uoileau dans Sa prélace de sa Plicdir.
tj. CVtaii une statue à Rome, sur le piédestal de laquelle le peuple afflchriii des j>laoards saliriqucs : de là le sens général de salive, pamphh't. On appelle aujourd'hui l'asquin un diseur de bous mots.
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<70 nOILKAU.
Toujours depuis re temps, on proie aux sots discours,
Contre eux la vérité m'est un faible secours. .
Vient-il de la province une satire fade,
D'un plais.'int du pays insipide boutade :
Pour la faire courir on dit qu'elle est de moi ;
Et le sot campiii^m.ird lu croit de bonne foi.
J'ai beau prendre à témoin et la cour et la ville :
— Non ; a d'autres, dit-il; on connaît votre style. Combien de tcmp> ces vers vous ont-ils bien routé ?
— Ils ne sont point de moi , monsieur, en vérité : Peut-on m'atlribuer ces sottises t'tranges?
— Aliî monsieur, vos mépris vous servent de louanges, Ainsi, de cent chagrins dans Paris accablé.
Juge si, toujours triste, interrompu, troublé, Laiiioignon, j'ai le temps de courtiser les muses ! Le monde cependant se rit de mes excuses; Croit que , pour m'inspirer sur chaque événement, Apollon doit venir au premier mandement'.
Epitre Vn.
A Racine. — Sur rutilité des ennemis '.
Que tu sais bien, Racine, à l'aide d'un acteur, Emouvoir, étonner, ravir un spectateur!
Jamais Iphigénie, en Aulide immolée', N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée Que, dans l'heureux spectacle à nos yeux étalé. En a fait sous son nom verser la Champmeslé*. Ne crois pas toutefois par tes savants ouvr^iges, Entraînant tous les cœurs, gagner tous les sulTrages. Sitôt que d'Apollon un génie inspiré Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré. En cent lieux contre lui les cabales s'amassent; Ses rivaux obscurcis autour de lui croassent;