‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 131 sur 254 · Virgile avait dit aussi, En., VI · texte numérisé non relu

Virgile avait dit aussi, En., VI

Non hoc ista sibi tempus spectacula posciU

Quelques vers plus bas, le même auteur est encore imité de nouveau. On remarquera, à cette occasion , l'esprit piquant et l'agréable irotiie qui relèvent dans le Lulrin les emprunts que Boileau a faits aux poiites de l'anliquilé.

liOILEAU. 197

Dit-il, le temps est cher, portons-le* dans le temple;

(l'est Là qu'il faut demain qirun prélat'^ le contemple. »

VA d'un bras, à ces mois, qui peut tout ibranler,

Lui-môme, se courbant, s'apprête à le rouler.

Mais à peine il y touche, ô prodi|,^e incroyable!

Que du pupitre sort une voix eflroyable.

iirontin en est ému; le sacristain pcâlit;

Le perruquier commence à rci^rclter son lit.

Dans son hardi projet toutefois il s'obstine.

Lorsque des flancs poudreux do la vaste machine

L'oiseau sort en courroux, et, d'un cri menaçant,

Achève d'étonner le barbier frémissant :

De ses ailes dans Tair secouant la poussière.

Dans la main de lioirude il éteint la lumière.

Les guerriers à ce coup demeurent confondus;

Ils regagnent la nef, de frayeur éperdus : [sent,

Sous leurs corps tremblotants leurs genoux s'aiïaiblis-

D'une subite horreur leurs cheveux se hérissent;

El bientôt, au travers des ombres de la nuit,

Le timide escadron se dissipe et s'enfuit'.

î. C'csl-h-dire le spectacle, Icrme qui est pris ici dans le sens ù'objct qui fraiipe la vue. Mais ce le manque un ()eu de ncllclé : défaut Irès-rarc ciicz lîoiloau.

'2. C'est le prélat, ce pnlat (crnbh\ comme l'a dit le pocie, qui a donné Tordre de replacer le lutrin dins le chœur.

3. • Les quatre premiers chants du Lulrin, a ditDaunou, sont au nom-

ÎTe d'.'s moiiuniciUs dont noUe liUérature doit èlro orj^ueilicujo On

voit s'y succéder, et ressortir par leurs cuntraslos, les saillies de la gaieté satirique, les richesses de la poésie descriptive, les lictions hardies de l'épopée. La diflicullé de ce genre consiste dans la variété même des couleurs qu'il emploie : car il faut, dans leur mélange, un parfait accord que le talent le plus flexible ne peut espérer, s'il n'est dirigé par un goût exquis. » — Ajoutons que le cinquième chant, qui renfcrHie une Irès-amusantc description de combat et le portrait de la Chicane, n'est nullement indigne de ceux qui le précèdent. Mais il n'en est pas ainsi du sixième, assez étroit et assez brusquement terminé, où le poêle fait intervenir de nouveaux personnages allégoriques qu'on n'allendail pas, et succéder, avec moins d'inspiration et de bouhcur, l'accent de la gravité au ton de la plaisanterie.

Si l'on voulait réaliser \)nv un nom l'idéiî de la perfection absoluf; dans l;i versification et 1« siyle, il faudrait nommer Kacin-. Justesse, élégance soutenue, force, richesse et convenance, il a su réunir toutes l.'S qualitL's disséminccs chez les autres poètes. De là une sorte d'égalité dins le bien, dont on s'est quelquefois prévalu contre lui pour al tenter à sa réputation. Les plus beaux traits de Racine, s^-s plus sublimes pensées, sont amenés avec tant de naturel et si bien fondus en un ensembU- achevé, que les yeux peu exercés ont souvent p.jine à les reconnaiire. Nul n'a fait davantage éprouver au lecteur cette illusion dont parle Morace. A voir ces vers pleins d'aisance, qui n'ôt'nt à rexi)ression de Tidée rien de nécessaire et ne lui ajoutent rien de superflu, il s'imagine volontiers que lui-même il n'écrirait (ûs autrement que l'auteur, tandis qu'il conçoit bien, en prenant la plume, la vérité de ce mot du poète :

.... Sibi quivis Sperel idem , sudel luullum fruslraque laboret Ausus idem : lantum séries juncturaque pollet ' I

Dans le petit nombre d'années où Racine travailla pour le théâtre, il composa douze tragédies, qui sont presque toutes demeurées l'honneur et le modèle de la scène française. Par elles il ouvrit à l'art des voies nouvelles, il le porta jusqu'à ses dernières limites, et, comme s'il n'eût cessé d'acquérir des forces, loin que son génie ait connu la décadence, sa dernière création fut son chef-d'œuvre, qu'une admiration unanime a proclamé avec Voltaire le chef-d'œuvre de l'esprit humain.

La famille de Jean Racine, anoblie récemment, avait un cygne dans ses armoiries : jamais, comme on voit, armes parlantes ne se trouvèrent mieux justifiées. Ajoutons que sa modestie et ses vertus privées égalaient ses talents. Au sein de sa famille, il enseignait par son exemple la pratique austère de tous les devoirs. Sa piété était rigide et fervente; sa chariîé était sans bornes. De plus, un noble patriotisme échaufl'aitson âme. Favori de Louis XIV, il aimait le peuple comme Fénelon. On a même rapporté, mais sans preuve certaine, que, pour plaider auprès du grand roi la cause des si^ets nialheu-

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