‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 154 sur 254 · Acte II, Scène VIL · texte numérisé non relu

Acte II, Scène VIL

Assuérus (roi de Perse); Esther (fille adoptive du juif Mardochéo, devenue, à cause de sa beauté, l'épouse d'Assuérus); Elise (amifi d'Esther); Thamar (personnage de la suite d'Esliier); une partie du chœur (il est composé de jeunes Israi'Iites).

{Esther entre s'appuyant sur Élise; quatre Israélites soutiennent sa robe.)

ASSUÉRUS.... Sans mon ordre on porte ici ses pas ! Quel mortel insolent vient chercher le trépas ? Gardes.... C'est vous, Esther? Quoi ! sans être attendue?

est parfait : c'est la réunion de toutes les bienséances les mieux ménagées. Combien l'auteur avait à faire! et il n'a rien laissé à désirer. C'est que .Monime a l'espèce de fermeté qui lui convient, et qui n'est qu'un sentiment vrai et profond de tousses devoirs. Elle les a tous remplis, et ne craint point la mort: elle ne craint point Mithridale : mais elle ne le brave point; elle lui rend tout ce qu'elle lui doit : mais elle lui fait sentir tout ce qu'une femme délicate se doit à elle-même, el tous les avantages qu'il lui a donnés sur lui en la trompant si indignement. » — Quant au jugement à porter sur la pièce entière, on peut redire avec Geoffroy ; « Corneille avait peint la grandeur romaine; Racine voulut peindre le plus grand ennemi des Romains. Le charme particulier de la tragédie de MUhridate , c'est qu'on y trouve la force unie à la grâce , le sublime joint à la pureté et à i'élégance. Corneille aurait pu tracer le caractère de Milliridate, mais le portrait de Monime n'appartenait qu'au pinceau de Racine. »

1. 1689. Tout le monde sait que cette tragédie fut composée sur la demande de madame de Maintenon et pour être jouée par les jeunes demoiselles que . depuis 1(385, elle avait réunies et faisait élever à Saint-Cyr. 11 était interdit de la représenter partout ailleurs. Dans le principe , et d'après sa destination spéciale , elle reçut le simple litre d'ouvrage de poésie , tiré de l'Ecrilure sainte .propre à être récité cl à être chanté. Ce fut la première fois que Racine, rappelé par la piété vers la carrière tragique dont l'avaient éloigné les scrupules les plus honorables, entrepris d'exécuter un dessein qui s'était souvent présenté à son esprit, nous dit-il dans sa préface : c'était « de lier, selon l'usage des anciennes tragédies, le chœur el le chant avec l'action ». Dans ces chœurs, qui sont la principale beauté d'Eslhr, La Harpe trouvait, avec non moins de sublime, plus de sentiment encore que dans ceux d'Aihalie. Les situations dramatiques et l'intérêt sont du reste loin de manquer dans celle pièce, comme l'ont préiendu quelques-uns. Admise à la faveur d'une représentation d'Esther, madame de Sévigné, que l'on a parfois accusée d'avoir élé plus injuste pour Racine qu'elle ne le fut jamais en effet, a parlé de celle œuvre avec de grands éloges : voy. la lettre à madame de Grignan , du 21 février 1GS9. Cf. une lettre de madame de Maintenon

ESTHEH.

Mes filles, soutenez votre reine éperdue : Je me meurs. {Elle tombe évanouie.)

ASsuÉHUS. Dieux puissants, quelle étrange pâleur De son teint tout cà coup elVace la couleur ! Kslher, que craignez-vous? suis-je pas votre fn're*? Est-ce pour vous qu'est fait un oidre si sévère? Vivez : le sceptre d'or que vous tend cette main Pour vous de ma clémence est un gage certain.

ESTHER

Quelle voix salutaire ordonne que je vive, VA rappelle en mon sein mon âme fugitive?

ASSUÉHUS.

Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux? Encore un coup^, vivez, et revenez à vous.

ESTHER

Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte L'auguste majesté sur votre front empreinte: Jugez combien ce front irrité contre moi Dans mon àme troublée a dû jeter d'ellroi; Sur ce trône sacré qu'environne la foudre. J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. Hélas! sans frissonner, quel cœur audacieux Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux? Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle'....

ASSUÉRUS

0 soleil, ô flambeau de lumière immortelle ! Je me trouble moi-même; et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez , reine, calmez la frayeur qui vous presse. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse, Eprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes Etats vous donner la moitié?

ESTHER

Eh ! se peut-il qu'un roi craint de la terre entière, Devant qui tout (lécliit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain?

à Tabbé Gobclin , du W février de la m^me année. Quant à madame de Sévigné , elle ne croyait pas que Racine put allrr au delà; et prévenue , deux ans après, que Racine allait de nouveau travailler pour Sainl-Cyr, elle le défiait de fiiiie vticux , qnoi(|u'il dût faire Alhalie.

i. On a déjà remarqué que dans ce? tours la négation était alors fréquemment oniise : ce qui n'a lieu aujourd'hui que dans le langage familier.

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