Acte IV, Scène IV
Miihridaie , Monime.
Mithridatc, sur le point d'épouser Monime, la soupgonnj d'uliv \.>ut son fils Xipharès Tobjct d'un amour partagé : en feignant de vou-
loir la donner à ce prince , il a surpris ses vériiables
Mais avant d'accomplir la vengeance qu'il médite, il \ient une der-
vériiables sentimcnls.
x«^.^ ^...„v .X .*wv.v....i.».x .c. . -wj,^..wv.v. .,v.*. ...édite, il \ientune dernière fois presser Monime d'oublier Xipharès et de répondre à son
amour.
MITHRIDATE
Allons, madame, allons. Une raison secrète Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite. Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi, Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi.
1. On devine assez que Narcisse a triomphé : désormais la carrière du crime, ouverte devant Néron, ne se refermera plus pour lui. Toute cette pièce a élé supérieurement commentée par La Harpe : nous renverrons donc le lecteur, pour un examen plus complet , au Cours de LilléinUire, en rappelant que l'analyse du théâtre de Racine est sans aucun doute l'une des meilleures [)arties de cet ouvrage.
Signalons, en terminant, le justement général que Geoffroy a porté sur le style de Uritnnnicus : « Du rapprochement qui s'est fait, dit-il , entre le génie du plus profond des historiens cl celui du plus éloquent des poêles est résulté un geure de perfeciion presque unique, qui n'a pu être surpassé que par un auire mélanire, plus cionnant encore, du génie de Racine avec le sublime des livres saints. Au delà il n'y a rien. »
2. 1673. Racine a tiré le sujet de celle tragédie d'un passage de la Vie Ce Ludillus par Pluiarque, où cet auleur parle avec beaucoup d'intérêt de Monime, qui était Grecque de nation et renommée pour sa verlu. La scène se j)asse à Nymphée, port de mer sur le Bosphore rimmérien, dans la Chersonèse Taurique. Là, après avoir lutté si longtemps contre les Romains, le célèbre roi du Pont, sans être abattu par de récentes défaites, songeait à porter la guerre en Italie comme Annibal , lorsqu'il périt victime de la Irabison de sou fils l'harnace, 65 ans av. J. G.
Venez, elqu'àTautel ma promesse accomplie Par des nœuds éternels l'un à Taulre nous lie.
MONIME
Nous, seigneur?
MiTHRiDATE. Quoi, madame! osez-vous balancer?
MONIME
Et ne m'avez-vous pas défendu d'y penser?
MITHRIDATE
J'eus mes raisons alors : oublions-les, madame; Ne songez maintenant qu'à répoudre à ma llamme. Songez que votre cœur est un bien qui m'est dû.
MONIxME.
Hé! pourquoi donc, seigneur, me l'avez- vous rendu?
MITHRIDATE
Quoi! pour un lils ingrat toujours préoccupée, Vous croiriez....
MONIME. Quoi, seigneur! vous m'auriez donc
MITHRIDATE. [troinpéc?
Perfide! il vous sied bien de tenir ce discours. Vous qui , gardant au '.'œur d'inddèles amours, Quand je vous élevais au comble de la gloire, M'avez des trahisons préparé la plus r.oire ! Ne vous souvient- il plus, cœur ingrat et sans foi , IMus que tous les Romains conjuré contre moi , De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre Pour vous porter au trône où vous n'osiez prétendre? Ni' me regardez point vaincu, persécuté : Kevoyez-moi vainqueur et partout redouté. Songez de quelle ardeur dans Ephèse adorée, Aux filles de cent rois je vous ai préférée* ; Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés, Quelle foule d'Etats je mettais à vos pieds. Ah ! si d'un autre amour le penchant invincible Dès lors <à mes bontés vous rendait insensible. Pourquoi chercher si loin un odieux époux? Avant que de partir, i)ourquoi vous taisiez-vous? Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste, Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste. Et que, de toutes parts me voyant accabler, J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler? Cependant, quand je veux oublier cet outrage. Et cacher à mon cœur cette funeste image. Vous osez à mes yeux rappeler le pa^-sé! Vous m'accusez encor, quand je suis offensé !
1. Tour vif ol rai)iilo, l'ilipso hardie : tulcfois, les mois que supprime Ptaciiiu sunl parrailciucnl inutiles à la clarlé.
230 J. HACiNE.
Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte. A quelle tipniuvc, 6 eiel , réduis-t;i Milhridale? Pai' quel charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère el si prompt à punir? ProlitcîZ du moment que mon amour vous donne : Pour la dernière fois, venez, je vous Tordonue. N'attirez point sur vous ;les périls superflus, Poui- un fils insolent que. vous ne verrez plus. Sans vous parer i)Our lui d'une foi qui m'ost duc. Perdez-en la mémoire aussi bien que la vue: Et désormais, sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.
MONIME
Je n'ai point oublié quelle reconnaissance,
Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance :
Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux,
Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux'.
Je songe avec respect de combien je suis n'ée
Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée ;
Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins
Pour un tîls, après vous, le plus grand des liumains,
Du jour que sur mon front on mit ce diadème.
Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.
Tous deuk d'intelligence à nous sacrifier.
Loin de moi, par mon ordre, il courait m'oublier.
Dans Tombre du secret ce feu s'allait éteindre':
Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre,
Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux,
Je faisais le bonheur dun héros tel que vous.
Vous seul, seigneur, vous seul , vous m'avez arrachée
A cette obéissance où j'étais attachée* ;
Et ce fatal amour dont j'avais triomphé.
Ce feu que dans l'oubli je croyais étouffé.
Dont la cause à jamais s'éloignait de ma vue.
Vos détours l'ont surpris, et m'en ont convaincue*.
1. C'est faire entendre à Mithridate, mais dans des termes pleins de réserve, qu'elle n'était point d'une naissance qui la rendît si indigne de lui; et cet humble langage forme un lieureux contraste avec le ion auquel >ionime va s'élever tout à l'heure.
2. « Quel charme, nous dirons même quelle pudeur dans ces expressions qui enrichissaient la langue pour la première fois! // courait m'oublicr : quelle énergie de style! Monime passe avec rapidité sur ce sacrifice douloureux . un mol lui suffit pour ex[)riiner combien l'effort a été pénible. Voyez ensuite avec quel art elle revient à Mithridate. » (La llari^e )
3. « Ici Monime prend un Ion plus ferme: après s'être justifiée, elle accuse: mais quelle mesure, quelle dignité, quelle sensibililé noble et ûère dans ses reproches ! » ( Geo/froti. )
4. Geoffroy, s'arrêlant à la période qui finit par ce vers, fait la remarque
Je vous l'ai confossd, je le dois soutenir : En vain vous en pourriez perdre le souvenir; Et ect aveu honteux, où* vous m'avez forcée, Demeurera toujours présent à ma pensée:
Toujours je vous croirais incertain de ma foi : Et le tombeau, seigneur, est moins trist(! pour moi C>ue le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage, Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage, Et qui, me préparant un élernel ennui.
M'a fait rougir d'un feu qui n'était pas pour lui.
MITHHIDATE.
C'est donc votre réponse? et, sans plus me complaire, Vous refusez Tiionneur ({ue je voulais vous faire ? Pensez-y bien. J'attends pour me déterminer....
M ON I ME
Non , seigmeur, vainement vous croyez m'étonncr. Je vous connais : je sais tout ce que je m'appr'Ho, El je vois quels malheurs j'assemble sur ma trie: Mais le dessein est pris; lien ne peut m'ébranlcr. Jugez-en, puisque ainsi je vous ose parler, Et m'emporte au di^là de cette modestie' Dont jusqu'à ce moment je n'étais point sortie. Vous vous êtes servi de ma funeste main Pour mettre à votre lils un poignard dans le sein : De ses feux innocents j'ai trahi le mystère; Et, quand il n'en perdrait que l'amour de son père, Il en mourra \ seigneur. Ma foi ni mon amour Ne seront point le prix d'un si cruel détour. Après cela, jugez. Perdez une rebelle; Armez-vous du pouvoir qu'on vous donna sur ello: J'attendrai mon arrêt; voiis pouvez commander. Tout ce qu'en vous quittant j'ose vous demander, Croyez (cà la vertu je dois cette justifc) Que je vous tiahis seule, et n'ai point de complice, Et que d'un plein succès vos vœux seraient sui\is Si j'en croyais, seigneur, les vœux de votre fils*.
suivante : • La po«.V;ie a sa prriode et ses phrases comme la musique ; cl 3/tthridnle est une des pièci^s où Hacinc a n^pandu avoc U-. plus de prolusion CCS phrases si nombrcus'S, si cadencées, si riches d'rloculion. •
1. On ren. place auquel. Cel usage de l'adverbe où était fort répandu au dix scplicme siècle.
'2. Trait exc<llenl, qui prouve, tout au contraire, qu'elle n'oublie pas nu^me en ce niomint le devoir de la modestie.
3. Ce mot est ici admirable dans sa simplicité, remarque justement La Harpe.
i. t Celte scène, observe encore La Harpe, me parait un clu'f-d'œuvrc. Le rôle de Moniine, qui était également difficile à soutenir cl à mesurer, y
E8thor^
(Extraits.)
La nation juive est condamndc à périr. Il faut qu'Esther, au mépris des usages de rcinpirc, paraisse devant le roi, pour obt^'àr la révocation de cet ordre barbare. La scène est à Suzc, dan; le palais de ce prince.