‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 169 sur 254 · AZARIAS · texte numérisé non relu

AZARIAS

De ses parvis sacrés j'ai deux fois fait le tour. Tout a fui, tous se sont séparés sans retour, Misérable troupeau qu'a dispersé la crainte : Et Dieu n'est plus servi que dans la tribu sainte. Depuis qu'à Pharaon ce peuple est échappé, Une égale terreur ne l'avait point frappée

1. Ici se montre une frappante application de ce précepte de Boileau, c'esi que le trouble croisse lovjours descène en scnie ; en même lem|)s le nœud du sujet se serre de plus en plus ; il ne reste pour Joas que Dieu el SCS prêtres. El là , suivant la remarque de Geoffroy, est tout le tond de la pièce; le faible armé de sa confiante cn Dieu lutte contre le fort; il triompliera de lui. Là aussi est la source du sublime le plus simple el le plus vrai.

JOAD

Peuple lâche, en eiïct, et né pour l'esclavage*, Hardi contic Dieu seul! Poursuivons noire ouvrage. Mais qui relient encor ces enfants parmi nous?

UNli DES FILLES DU CHOEUR.

Hé ! pourrions-nous, seigneur, nous séparer de vous? Dans le temple de Dieu sommes-nous étrangères? Vous avez près de vous nos pères et nos frères.

UNE AUTRE

Hélas! si, pour venger l'opprobre d'Israël,

Nos mains ne peuvent pas, comme autrefois Jahel ^

Des ennemis de Di<'u percer la tèlciniiiie.

Nous lui pouvons du moins immoler noire vie.

Quand vos bras combattront pour son temple attaqué,

Par nos larmes du moins il peut être invoqué.

JOAD

Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle,

Des prêtres, des enfants, ô Sagesse éternelle' !

Mais, si tu les soutiens, qui peut les ébranler?

Du tombeau, quand tu veux, tu sais nous rappeler;

Tu frappes et guéris, tu perds et ressuscites*.

Hs ne s'assurent point* en leurs propres mérites.

Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois,

En tes serments jurés au plus saint de leurs rois^

En ce temple où lu fais ta demeure sacrée.

Et qui doit du soleil égaler ladurc'e.

Mais d'où vient que mon cœur frémitd'un saint efîroi'?

1. Voy. le mol de Tacite , Atm.. III, 05. t 0 homines ad Gcrvilulein paratos! » — Le Irail suivant rappelle celte belle parole d'un vieux Fran(;ais : « On ne peut Iron s'humilier devant Dieu , ui Iro;» braver les hommes. » Etudes hisloiiqiirs de Chateaubriand ; Henri 111, vers la fin. Cf. Pascal , p. 07 de l'édil. des Pensées choisies publiée par M. Prosper Faugère.

5. Cette femme juive, comme on le voit dans le Livre desJugi's, c. iv, fil périr en effelSisara, général des Chananéens, en lui enfonçant un clou dans la télé.

3. M. l'alin , dans son ouvrage cité sur les tragiques grecs, rapproche ces vefs touchants de quelques-uns de ceux (jue prononce le grand prêtre dans l'exposilion de VŒdijie roi : il y voil « une trace de la savante mémoire, de la délicate imitation de Racine. »

4. L'oppdsition de ces termes n'est pas assez marquée. Dcducis ad inferos cl rcdiuis, , dil plus justemenl l'Ecriture.

5. S'assurer s'employait autrefois fort bien dans le sens denuoir sécurité, confiance, compter avec certitude. On disait s'assurer en quelqu'un, s'assurer en ou sur quehiuc c/io.se. Pascal et Molière ont i)lusieurs fois usé de celte locution : revoy. la note 5 de la p. 23 i,

0. A David: quant au pléonasme de serments jurés , il est bien placé ici; mais il no serait pas accepté par la prose. On sait (jue noire langue ne partage jias pour les pléonasmes le goùl de la langue grecque et même de la langue latine. Uossuet a dil donnir son sommril , mais c'est dans le style oratoire, qui 6c rapproche à tant d'égards de la poésie.

7. « Uien n'csl mieux amené , remarque un écrivain qu'on n'accusera paa

lu.

262 J. UACINIi:.

Est-ce l'esprit divin qui s'empare de moi ? [s'ouvrent, C'est lui-môme : il m'érhauiïe : il parle; mes yfiix Et les siècles obscurs devant moi se découvrent. Lévites, de vos sons prôtoz-moi les accords, Et de ses mouvements secondez les trarispoi ts*.

LE CHŒUR chante au son de toute la sijmphonie des instruments.

Que du Seigneur la voix se fasse entendre, Et qu'à nos cœurs son oracle divin

Soit ce qu'à l'herbe tendre Est, au printemps, la fraîcheur du matin.

JOAD

Cieux, écoutez ma voix; terre, prête l'oreille*. Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille ! Pécheurs, disparaissez * ; le Seigneur se réveille''.

[Ici recommence la symphonie et Joad aussitôt reprend la parole.) Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé? Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé *? Pleure, Jérusalem, pleure, cilé perfide ! Des prophètes divins malheureuse homicide : De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé;

de trop d'enthousiasme pour Racine, Marmontel, dans sa Poétique, que ce transport de Joad, qui sert à prévenir le découragement des lévites. » A cette réflexion La Harpe ajoute qu'en annonçant les hautes destinées attachées au salut de Joas, Racine étale toute la grandeur et fortifie l'intérêt dominant de son sujet.

,1. La prophétie qu'on va lire, t composée , dit Geoffroy, de passages de l'Écriture très-bien liés ensemble , est peut-être le plus beau fragment de poésie lyrique qu'il y ait en notre langue. » Elle joint en outre, nous venons de l'indiquer, à l'avantage d'être dramatique celui d'être très-ulile à l'action. — On peut voir encore l'éloge de ces vers dans le Génie du Christianisme de Chateaubriand , qui , à leur occasion , établit un parallèle entre Virgile , faisant parler la sibylle de Cumes, et ce morceau de Racine : seconde partie, liv. II, ch. 10.

2. Cf. le début d'une des odes de J. B. Rousseau , la 3' du llv. l", et la 1" du liv. 11, 7* strophe.

3. Souvenir de ce mouvement païen (Virgile , En., VI, 258 ) :

Procul 0 , procul este , profani !

Et Properce, Élég..iy, 6:

Ite procul fraudes , alio sint aère ooxse , etc.

4. Ces trois rimes féminines de suite , rapprochées contre l'usage , annoncent assez la présence de l'esprit prophétique, qui secoue le joug des règles : ainsi verra-t-on , plus bas, se succéder trois rimes masculines.

5. « Zacharie. » Dans ce langage, plein de l'inspiration divine, il faut reconnaître à chacun des vers un sens allégorique ; et ces deux premiers sont une allusion ( le poêle y reviendra plus tard ) au triste changement de Joas , qui fut par la suite un lyran et fit massacrer le fils de son bienfaiteur. — Le mot qui commence cette note esi une explication de Racine lui-même, comme plusieurs des suivantes lui appartiennent aussi : nous les distinguerons par des guillemet*.

Ton encens à ses yeux est un encens souillé.

Où menez-vous ces enfants et ces femmes*? Le Seij,Micur a détruit la reine des cites: Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejetës; Dieu ne veut pins (jifon vienne à ses solenniti-s : Temple , renverse-toi ; cèdres, jetez des flammes.

Jérusalem, objet de ma douleur.

Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes? Qui changera mes yeux en deux sources de larmes Pour pleurer ton malheur?

AZAHIAS.

0 saint teniple!

josABETH. 0 David!

LE CHOEUR. Dieu de Sion, rappelle, Uappelle en sa faveur tes antiques bontés.

{La symphonie recontmoice encore, et Joad, un moment après, l'interrompt.)

JOAD

Quelle Jérusalem nouvelle* Sort du fond du désert, brillante de clartés , Et porte sur le front une marque immortelle?

Peuples de la terre , chantez:

Jérusalem renaît plus charmante et plus belle.

D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants' qu'en .un sein elle n'a point portés''.' ï.èvo, Jéiusalem, lève ta tète altière; lle{^arde tous ces rois de ta ?:loire étonnés : Les rois des nations, devant toi prosternés,

De tes pieds baisent la poussière :

Les peuples à Tenvi marchent a ta lumière. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur

Sentira son âme embrasée !

Cieux , répandez votre rosée , Et que la terre enfante son auveur' !

JOSAUETH.

Hélas! d'où nous viendra c ;tte insigne faveur,

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