‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 200 sur 254 · Acte II', Sck.ne II · texte numérisé non relu

Acte II', Sck.ne II

Rliadawiste , Pharasmane^, RHADAMISTE.

Un peuple triomphant, maître de tant de rois,

Qui vers vous en ces lieux dai^rne emprunter ma voix ,

1)0 vos desseins secrets instruit r/imme vous-même,

Vous annonce aujourd'hui sa volonté suprême.

Ce n'est pas que N'iron, de sa grandeur jaloux,

Ne sache ce qu'il doit à des rois tels que vous;

Home n'ignore pas à quel point la victoire

Parmi les noms fameux élève votre gloire;

Ce peuple enlin si fier, et tant de lois vainqueur,

N'en admire pas moins votre haute valeur :

Mais vous savez aussi jusqu'où va sa puissance;

Ainsi gardez-vous bien d'exciter sa vengeance.

Alliée ou plutôt sujette des Romains ,

De leur choix l'Arménie attend des souverains.

Vous le savez, seigneur; et du pied du Caucase,

Vos soldats cependant s'avancent vers le Phase :

Le Cyrus, sur ses bords chargés de combattants,

Fait voir de toutes parts vos étendards ilottants.

Rome , de tant d'apprêts qui s'indigne et se lasse,

N'a point accoutumé les rois à tant d'audace.

Quoique Rome, peut-être au mépris de ses droits,

N'ait point interrompu le cours de vos exploits,

Qu'elle ait abandonné Tigrane et la Médie ,

Elle ne prétend point vous céder l'Arménie.

Je vous déclare donc que César ne veut pas

Que vers l'Araxe enfin vous adressiez vos pas.

PHARASMANE.

Quoique d'un vain discours je brave la menace, Je l'avoijrai, je suis surpris de votre audace. De quel front osez-vous, soldat de Corbulon, M'apporter dans ma cour les ordres de Néron ?

i. A partir du second acte, observe La Harpe, « que cet ouvrage est neuf et vigoureux 1 • On a souvent répété que Boileau , qui se fît lire, dans sa dernière maladie, le début de celte pièce, ne lenlendit qu'avec une exirérae défaveur : on n'en sera pas fort surpris, puisque rex[)osition est embarrassée et péniblement écrite. Mais si les beautés se font attendre, elles n'en sont pas moins réelles et nombreuses. Ce fut, a dit M. Villemain de cette tragédie, la seule création de génie « qui ait immédiatement précédé Voltaire, et qui annonçât une nouvelle époque dans l'art du théâtre ( 1711 ).»

2. Le caractère de Rhadamiste, par ses élans impétueux vers le bien comme vers le mal , est éminemment dramatique. )! en est de même de celui de Pharasmane, remarquable par sa fougue pleine de fierté et son âprelé sauvage.

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Et depuis quand croit-il qu'au inépris de ma gloire, A no plus craindre Romo instruit par la victoire, Oubliant désormais la suprême grandeur, J'aurai plus de respect pour son ambassadeur; Moi qui, formant au joug des peuples invincibles, Ai tant de fois bravé ces Romains si terribles, Qui fais trembler (>ncor ces fameux souverains. Ces Partlu s aujourd'hui la terreur des Romains? Ce peuple triomphant n'a point vu mes images A la suite d'un ciiar en butt(^ à ses outrages : La honte que sur lui répandent mes exploits D'un airain or[;ueilleu\ a bien vengé les rois*; Mais quel soin vous conduit en ce pays barbare? Kst-ce la guerre enfin que Ntiron me déclare ? Qu'il ne s'y trompe pas : la pompe de ces lieux, Vous le voyez assez, n'éblouit point les yeux; Jusques aux courtisans qui me rendent hommage, Mon palais, tout ici n'a qu'un faste sauvage; La nature, maiâlre en ces alTreux climats, Ne produit, au lieu d'or, que du fer, des soldats^ ; Son sein tout hérissé n'oiïie aux désirs de l'homme Rien qui puisse tenter l'avarice de Rome. Mais, pour trancher ici d'inutiles discours^, Rome de mes projets veut traverser le cours : Efpourquoi, s'il est vrai qu'elle en soit iiformée. IN'a-t-elle pas encore assemblé son armée? Que font vos légions ? Ces suiierbes vainciueurs Ne combattent-ils plus que par ambassadeurs? C'est la llamme à la main qu'il faut dans l'ibérie Me distraire du soin d'entrer dans l'Arménie, Non i)ar de vains discours, indignes des Romains, Quand je vais par le fer m'en ouvrir les chemins; VA peut-être bien plus, dédaignant Artaxate, Délier Corbulon jusqu'aux bords de l'Er.phrale*....

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