‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 239 sur 254 · Mouvement imité de Racine : Atha'.ie, acte I , se · texte numérisé non relu

Mouvement imité de Racine : Atha'.ie, acte I , se

Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles?

3. Molière avait parlé à peu près de même dans les Femmes savantes. Voir ce môme volume, page 150.

Chloris n'est qm:! paré!\ et Cliloris se croit belle :

Km vêlements légers Tor s'e.^t chanî:';(î pour elle!

Son front luit, étoile de mille diamants;

Kt mille autres encore, elïronH's ornements,

Serpentent sur son sein, pendent à st!s oreilles;

Les arts, pour reinbellir, ont uni leurs merveilles :

Vingt fnmilles enfin couleraient d'heureux jours,

niches des seuls trésors perdus pour ses atours.

I»arlerai-je dlris? Chacun la prône et l'.iime;

C'est un cœur, mais un cœur... c'est l'humanité même :

Si d'un pied étourdi quelque jeune éventé

Trappe, en courant, son chien qui jappe épouvanté,

La voilà qui se meurt de tendresse et d'alarmes;

Un papillon souiïrant lui fait verser des larmes.

Il est vrai; mais aussi qu'à la mort condamné,

Lallysoiten spectacle à l'échafaud traîné*,

Elle ira la première à celte horrible fèto

Acheter le plaisir de voir tomber sa tête*.

Dira-t-on qu'en des vers à mordre disposés, Ma muse prête aux grands des vices supposés? Mais la corruption, à son comble portée, Dans le cercle des grands ne s'est point arrêtée ; VAU) infecte l'empire, et les mêmes travers Uêgnent également dans tous les rangs divers. Il faut voir ce marchand, philosophe en boutique, Qui, d(';clarant trois fois sa ruine authentique, Trois fois s'est enrichi d'un heureux déshonneur. Trancher du financier, jouer le grand seigneur. Partout s'oiïre l'orgueil, et le luxe, et l'audace. Orgon, à prix d'argent, vt ut anoblir sa race ; Devenu magistrat, de mince roturier, Pour être un jour baron il se fait usurier.

Eh ! quel frein contiendrait un vulgaire indocile Qui sait, grâce aux docteurs du moderne (Wangile, Qu'en vain le pauvre espère en un Dieu qui n'est pas, Que l'homme tout entier est promis au trépas? Chacun veut do la vie embellir le passage :

1. Condamnalion aussi fameuse que regrellabic. [<c comte de Lally, gouverneur de rinde fr.Tnraisc .forcé de so rendre aux Anj^lais (jui l'assiéjîcaieiit dans Pondichéry ( 17^1), fui accu:^^ de lr;diison, coiulanitit'' cl cxv'culi' cinr| ans apn^'s. VoUaire a défendu sa mémoire, cl un arrùl du C(ui?cil, sous Louis XVI, Ta réhabililée. 11 csl vrai de dire que, si Lally avait commis des fautes, il ne mériiail ccpoiidaiit pas la mort.

■2. (.es vers et ces morceaux môme, admirablement frappés, ont mérité h Gilbert le nom de Juvcnal de son épo(iue. Ils feront excuser cliez lui ce (jik; le style, encore trop peu assoupli par l'exercice, a parlois de forcé et d'inégal, ce que sa pensée aussi (car il csl homme de parti cl de passion) préscnlc ae peu mesure et de peu juste.

I/hornino, le plus lieur^Mix est aussi \p, plus sago....

Jadis la poésie, nn sos pnrnpnux ac/'ords, Osant même, an riéanl prêter une âriK;, un corps, Egayait la raison de riantes iiiia;,'Os; Cachait de la vcilii \i's pr(;eei)tcs sauvages Sous le voile enchanteur d'aimables fictions ; Audacieuse et sa.i,^e en ses expressions, Pour cadencer un vers qui dans l'ârne s'imprime, Sans appauvrir 1 idée eniichissait la rime; S'ouvrait par notre oreille un chemin vers nos cœurs. Et nous divertissait pour nous rendre meilleurs. Maudit soit à jamais le pointilleux sophiste* Qui le premier nous dit en prose d'algébriste : Vains rimeurs, écoutez mes ordres absolus; Pour plaire à ma raison, pensez , ne peignez plus! Dès lors la poésie a vu sa décadence; Infidèle à la rime, au sens, à la cadence, Le compas à la main, elle va dissertant : Apollon sans pinceaux n'est plus qu'un lourd pédant.

Sans doute le respect des antiques modèles Eût au vrai ramené les muses infidèles : Eux seuls, de la nature imitateurs constants, Toujours lus avec fruit, sont beaux dans tous les temps. Heureux qui , jeune encore, a senti leur mérite ! Même en les surpassant il faut qu'on les imite. Mais les sages du jour, ou de fiers novateurs, De leur goût corrompu partisans coiTupteurs, Ne pouvant les atteindre, ont dégradé leurs maîtres. Et, protecteurs des sots flétris par nos ancêtres, 0 de la sympathie inévitable effet !

ils vengent les Cotins des affronts du sifflet. J'ai vu l'enfant gâté de nos penseurs sublimes, La Harpe, dans Rousseau trouver de belles rimes; Boileau, correct auteur de libelles amers *, Boileau, dit Marmontcî, tourne assez bien un vers : Et tous ces demi-dieux, que l'Europe en délire A depuis cent hivers l'indulgence de lire,

i. On retrouvera le même mouvement dans Boileau ( satire II );

Maudit soit I3 premier dont la verve insensée Dans les bornes d'un vers enferma sa pensée.

2. Allusion à ce début de l'épîlre de Voltaire à Boileau : Boileau , correct auteur de quelques bons écrits...

Mais on sait qu'un antre jour Voltaire, mieux inspiré, a prononcé un mot dont eût dû [M'ofiter Marmontel : « Ne disons pas de mal de Nicolas (c'était le prénom de l'illiislre satirique) : cela porte malheur. •

(JILBF.HT. 397

Vont dans un justo oubli retombLT désormnis, Comme do vains auteurs ((ui ne pensent jamais!

Quelques vengeurs pourtant, armi'S d'un noble zèle, Ont de ces morts fameux* épousé la querelle. De là sur rilélicon deux partis opi)osés Uègnent, et Tun par Taulre à Tenvi déprisés, Tour à tour s'adressant des volumes d'injures , Pour le trône des arts combattent par brochures; Mais plus forts par le nombre, et vantés en tous lieux. Les corru[jleurs du goût en paraissent les dieux. Honneurs, richesse, emplois, ils ont tout en partage. Hors la saine raison, que leur bonheur outrage : Distribuant la gloire et pesant les (îcrits, Ces liers inquisiteurs jugent les beaux esprits. Oh ! malheureux l'auteur dont la plume élégante Se montn.' eniîor du goiitsage et fidèle amante-^; Qui , rempli d'une noble et constante fierté, Dédaigne un nom fameux par Tintrig'ûe acheté, VA, n'ayant pour prôneurs que ses muets ouvrages, Veut par ses talents seuls enlever les suffrages ! La l'aiiu mit au tombeau Malliiàlre ignoré' : S'il n'eût été qu'un sot, il aurait prospéré.

Trop fortuné celui qui peut avec adresse Flatter tous les partis ({ue gagne sa souplesse! Mais trois fois plus heureux le jeune homme prudent Qui de ces novateurs enthousiaste ardent, Abjure la raison, pour eux la sacrifie. Soldat sous les drapeaux de la philosophie! D'abord, comme un prodige, on le prône partout : il nous vante ! en cifet, c'est un homme de goût! Son chef-d'œuvre est toujours l'écrit qui doit éclore : On récite déjà les vers qu'il fait encore*. Qu'il est beau de le voir de dînes en dinés,

1. Ou de ces morts immorlcls, comme les appelle ailleurs Gilbert, emprunlanl ccUo dernière expression à J. U. Uousseau, Od., m, G.

'2. L'imilalion de Hoilcau perce dans loul ce passage. Cf. la salirelX: A mon esprit :

Bienheureux Scud'-ry, dont la fertile plume

Peut tous les mois , sans peine , enfanter un volume.

3. On cile de ce poiUe, enlevé h la gloire par une moi l prémalnrée et déplorable (à lrenle-(pialre ans, 1707), une belle imitation du psaume Super flitmiud />V(/)i//(i)i;s, une ode sur le Soleil fixe au uiilieii des phiiirtcx (c'est l'expcxilion du système de Copernic), quelques morceaux traduits avec éclat d<' Virgile, etc.

4. Voilà un de ces vers trouvés, une de ces pensées vraies, relevées par la vivacité |)i(]naiile de l'expression, qui, dès leur naissance, s'établissent un droit sur toutes les méniuires il reviennent dans toutes les conversations ; plus d'un trait de Gilbert a eu cet heureux privilège.

Page 1