André Chénier doit à Homère celle belle anlilhèse
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{Iliade, I, V. 34.)
40i A. CIIKXIER.
Sont voniTS m'assaillir; et j'étais misérable,
Si vous (car c'était vous), avant qu'ils uicussenl pris,
N'eussiez armé pour moi les pierres et les cris.
— Mon ])ère, il est donc vrai, tout est dev(;nu pire? Car jadis, aux accents d'une éloquente lyre,
Les ti«i:res et les loups, vaincus, humiliés,
D'un chanteur connue loi vinrent baiser les pieds'.
— Les barbares! j'étais assis près de la poupe : Aveugle vagabond, dit Tinsolenle troupe, Chante; si ton esprit n'est point comme tes yeux, Amuse notre ennui, tu rendras grâce aux dieux.... J'ai fait taire mon cœur qui voulait les confondre; Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre; lis n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main J'ai retenu le dieu courroueé dans mon sein, Cymé, puisque tes fils dédaignent Mnémosyne, Puisqu'ils ont fait outrage à la muse divine,
Que leur vie et leur mort s'éteignent dans l'oubli, Que ton nom dans la nuit demeure enseveli!
— Viens, suis-nous à la ville , elle est toute voisine, Et cliéiit les amis de la muse divine.
Un siège aux clous d'argent te place à nos festins;
Et là, les mets choisis, le miel et les bons vins,
Sous la colonne où pond une lyre d'ivoire,
Te feront de tes maux oiiblierla mémoire.
Et si , dans le chemin, rapsode ingénieux.
Tu veux nous accorder des chants dignes des cieux,
Nous dirons qu'Apollon, pour charmer les oreilles ,
T'a lui-même dicté de si douces merveilles^.
— Oui, je le veux; marchons. Mais où m'entraînez-vous?
Enfants du vieil aveugle, en quel lieu sommes-nous?
— Sicos' est rîle heureuse où nous vivons, mon père.
— Salut, belle Sicos, deux fois hospitalière! Car sur les bords heureux je suis déjà venu; Amis, je la connais. Yos pères m'ont connu :
lis croissaient comme vous; mes yeux s'ouvraientencore Au soleil, au printemps, aux roses de l'aurore; J'étais jeune et vaillant. Aux danses des guerriers, A la course, aux combats, j'ai paru des premiers. J'ai vu Corinthe, Argos, et Crète et les cent villes , Et du fleuve Egyptus les rivages fertiles; Mais la terre et la mer, et l'âge et les malheurs.
1. Revoir à ce sujet Horace, Épître auz Pisons, v. 393, et l'imitation de Boileau dans le chant IV de VArt poétique.