‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 246 sur 254 · Cf. Yirg., EtiL, VI, 31, et Géorg., IV · texte numérisé non relu

Cf. Yirg., EtiL, VI, 31, et Géorg., IV

5. Petite rivière d'Acbale, qui prend sa source m Arcadie, au mont Crathis.

406 A. CIll'NIEa.

... « Mon hôte, tu franchis le seuil de ma famille A Theure qui jadis a vu naître ma (ille. Salut! Vois, Pon t'iipijorte et la table et le pain : Sieds-toi. Tu vas d'abord rassasier ta faim. Puis, si nulle raison ne te force au mystère, Tu nous diras ton nom , ta patrie et ton père. i>

H retourne à sa place après que Tindigent S'est assis*. Sur ses mains dans l'aiguière d'argent, Par une jeune esclave une eau pure est versée. Une table de cèdre, où l'éponge est passée. S'approche, et vient offrir à son avide main Et les fumantes chairs sur les disques d'airain. Et l'amphore vineuse et la coupe aux deux anses*. « Mange elbois, dit Lycus; oublions les souffrances. Ami, leur lendemain est, dit-on, un beaujour^ »

Bientôt Lycus se lève et fait emplir sa coupe, Et veut que l'échanson verse à toute la troupe : « Pour boire à Jupiter qui nous daigne envoyer L'étranger, devenu l'hôte de mon foyer. » Le vin de main en main va coulant à la ronde; Lycus lui-même emplit une coupe profonde. L'envoie à l'étranger. « Salut , mon hôte, bois. De ta ville bientôt tu reverras les toits , Fussent-ils par delà les glaces du Caucase. » Des mains de l'échanson l'étranger prend le vase. Se lève; sur eux tous il invoque les dieux. On boit, il se rassied. Et jusque sur ses yeux Ses noirs cheveux toujours ombrageant son visage, De sourire et de plainte il mêle son langage. « Mon hôte, maintenant que sous tes nobles toits De l'importun besoin j'ai calmé les abois, Oserai-je à ma langue abandonner les rênes*? Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni domaines.

i. Exemple de rejet à la manière antique,

2. Ces détails familiers, relevés par l'élégance de Texpression, donnent à ce tableau une couleur antique pleine de vérité. On se rappelle la réception d'Ulysse chez Circé {Odyssée, liv. X, v. 348 et suiv.) et l'accueil que Cyrène fait à son fils Aristée ( Géorgiques, liv. IV, v. 378 et suiv. ) :

Pars epulis onerant mensas , et plena reponunt Pocula. . . . r , ,

3. André Chénier n'avait pas mis la dernière main à cette idylle , comme le prouve ce vers qui n'est pas complété par un second à rime semblable.

4. Image familière chez les anciens. Virgile parlant de la colère emploie la même métaphore :

Irarunique omnes effundit habenas.

A. GIIÉiNiKR. 407

D'un long jeûne flrtri, d'un long chemin lassé, Kt do pi lis d'un grand Ikuvo on nageant traversé, Je parais (inervc, sans vigueur, sans courage; Mais je suis né robuste et n'ai point passé l'âge. La force et le travail , que je n'ai point perdus , Par un peu de repos me vont être rendus. Kmploie alors mes bras à quelques soins rustiques, Je puis dresser au char tes coursiers olympiques, Ou sous les feux du jour, courbû vers le sillon , Presser deux forts taureaux du piquant aiguillon. Je puis même, tournant la meule nourricière, iîroyer le pur froment en farine légère. Je puis, la serpe en main , planter et diriger VA le cep et la tieille, espoir de ton verger. Je tiendrai la faucille ou la faux recourbée. Et devant mes pas l'herbe ou la moisson tombée Viendra remplir ta grange en la belle saison* ; Atin que nul mortel ne dise en ta maison. Me regardant d'un œil insultant et colère : 0 vorace étranger! qu'on nouirit à rien faire^!

— Vénérable indigent, va, nul mortel chez mol N'oserait élever sa langue contre toi.

ïu peux ici rester, même oisif et tranquille. Sans craindre qu't: . alVront ne trouble ton asile.

— 1/indigent se mélie. — Il n'est plus de danger, fger.

— l/homme est né pour souiïrir. — Il est né pour cha:i-

— Il change d'infortune! — Ami, reprends courage : Toujours un vent glacé ne souille point l'orage.

Le ciel d'un jour a l'autre est humidi^ ou serein. Et tel pleure aujourd'hui qui sourira demain'.

— Mon hôte, en tes discours pi'éside la sagesse. Mais quoi! la confiante et paisible richesse Parle ainsi. L'indigent espère en vain du sort; En espérant toujours il arri\e à la mort.

1. Voilà, pour emprunter les paroles d'un critique émincnt (M.Nisard ), « une poésie jeune, fraîclie, parriinu'e, qui nous transporte au milieu du vrais champs. • Aussi le mùm(^ jnj^'c ne craiiil [)as d'ajouter : « Les litres des genres existaient avant André eiiéiiier; mais les premiers modèles durables de l'idylle el de l'éléf^ie , c'e.-t à lui que nous les devons. » {Hisloirc de la lUtératuie française, t. iv, p. 155. )

2. La grammaire demanderait à ne rien faire , le mol rien non accompagné d'une négation signiliant quelque choac, conformément à son élymoloiiie latine /e»i. Mais des exemples assez nomlireux de celte légère incorrcclion se rencontrent môme au dix-seplièrae siècle.

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