‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 25 sur 254 · I. Sennachérib · texte numérisé non relu

I. Sennachérib

COUNKILLE*.

Aprôs les tentatives hardies mais incomplètr-s du seizième siZ-cle, le théitrc sans rè;,'!e, comme la poésie l'avait été jusqu'à Malherbe, cherchait son législateur : il le trouva dans un jeune homiitc natif de Rouen, que sa famille avait élevé pour le barreau, et qui préférait à réUulo (les lois le travail de la composition et des vers. Né le 0 juin 1600, Tavocat poelc avait, dt'-s l'àg'- de vingt-trois ans, placé sur la scène, dans une pièce intitulée Malile, une aventuri- nui lui était personnelle, et , encouragé par le succès, il av;iii fait suivre cette comédie de quelques autres; à vingt-neuf ans, abordant la tragédie, il avait dans Médée trouvé quelques traits sublimes; à trente, il faisait paraître le Cid : et la France ravie saluait de ses applaudissements enthousiastes le nom du grand Corneille. Dès lors, en bien peu de temps, quelle succession de chefs-d'œuvre, consacrée par les noms à'Horace, de Cinna, de Polyeucte, de Pompée, de Rodogunet Avant sa trente-septième année, l'auteur de tant de hautes concep-

1. Corneille a exposé avec supériorité toutes les règles de l'art dramaiique, non-seulement dans ses discours sur les unités, mais dans ses préfaces et les cxamctis sincèies qu'il a consacrés à ses pièces. Oéjà on a vu Curnt'ille dignement loué par Racine et par La Cruyere. Cf. madame deSévigné, lettres du 20 avril 1671 , des 15 janvier, 9 cl IG mars 1672. Nous recommanderons de plus l'élo.q^e couronné de Yiclorin Fabre et l'article de cet auteur pur Corneille conlenu dans la Biognipliie univsrseUe. On lira aussi, mais avec circonspection , la vie de Corneille par son neveu F<inlenelle, et le Cot7vriciii(iife que Voltaire a composé sur son théâtre , travail où beaucoup d'observations excellentes sont ir.ôlces à quelques erreurs et quelques sévérités injustes. La Harpe, moins heureux loulefois en jugeant Corneille que lorsqu'il apprécie Racine; Geotfroy.dans son Cours de liliëiuture drnmaiiiiue: Lemercier, dans son Cours analytique de liilérature (jériérale: les Obxervatiuns criiiques de Palissol, dans son édition de Corneille; le travail que François de Neufchàieau joignit à la collection des Clieis-d' œuvre de cet auteur ( Didot, 181 '4-I819 ); Vilisloire de la liilérature française de M. Ni>ard , etc., pourront encore être consultés avec intérêt sur ce" grand homme. EnQn 31. Guizot !ui a consacré une publication remarquable.

Ajoutons ici quelques mots sur Thomas Corneille, le frère de Pierre Corneille , et son successeur à l'Académie française. Plus jeune que lui de dixneuf années, il ne lui en survécut pas moins de vin^t-cinq. . Celait, a dit "Voltaire, un homme d'un grand mérite et d'une vaste liilérature. » Il fit quaranie-deux pièces rie théâtre, dont quelques-cines obtinrent un brillant succès. Celles qui sont demeurées le pluscélébres sont le Comte d'Essex (1(178) et surtout A j/fi/u- (!67£) : cette dernière renfenue des scènes touchâmes et des vers fort heureux. Par malheur, dans les pièces de Thomas Corneille, le style n'est jamais assez soutenu et le coloris manque en génér;.l. Tel fut néanmoins, de son vivant , l'éclat de sa réputation, qu'elle balançait presque celle de son aîné : illusio:: qu'il se gardait bien d'ailleurs de partager, ayant pour celui-ci autant de respect et d'admiration que de tendresse.

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lions tragiques nous donnait encore, dans le Menteur, notre première comédie de caractère , demeurée Tune des nuilioures'. S'étonnera-t-on qu'après une fécondité si prodigieuse, la vieillesse ail élé prémaluréi' pour l'imagination de Corneille? Quel qu'ait élé d'ailleurs le long et triste déclin de ce grand homme, des éclairs de génie ne cessèrent, en brillant c^ et là, même dans ses derniers ouvrages, de rappeler sa gloire passée' : ses poésies diverses et sa traduction de Vlmitation offrent de très-hclles pages que la postérité a retenues; et tel est le nombre dts sublimes et divines beautés , comme disait M"* de Sévigné, qu'offre ce père de notre théâtre, qu'elles suffiront à jamais pour couvrir et faire pardonner ses imperfections et ses fautes. Corneille mourut le 30 septembre 1684.

Le Cid*.

(Extraits.)

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