‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 26 sur 254 · Acte I, Scène III · texte numérisé non relu

Acte I, Scène III

Le comte, don Dicgue.

Don Dièpue pst offensé par Gomès, comte de Cormas : il confie à son lils, don Rodrigue, quj ses exploits feront plus tard honorer du nom do Cid (chef), le soin de sa vengeance.

LE COMTE

Enfin, vous remportez, et la faveur du roi Vous élève en un v.wv^ qui n'était dû qu'à moi; Il vous fait gouverneur du prince de Castille.

1. 11 faut rappeler ce mot de Vollaire : • Non-seulement on doit à Corneille la Iragc^aic et la coiii(''die, mais on lui doit l'art de penser. »

2. On pcui appliquera plusieurs productions de sa vieillesse ce que Longin disaudu sommeil d'Homère : « Ses rêves même ont quelque chose de divin: ce sont les rêves de Jupiter. »

3. Ou sait que Curneille emprunta ce sujet et plusieurs détails à une pièce de l'Kspngnol Guilliem de Castro, dont la Iraduclion littérale a môme été essayée sur notre scène; mais on a dit bien à torique notre grand tragique avait eu un deuxième modèle dans Diamanle, tandis que celui-ci n'a fait que traduire le C\d français. Ce point et quelques autres qui concernent le lliéàtre de Corneille ont été èclaircis par M. Vijr,,ier dans un travail iurilulê : « Aiiccxloles littéraires sur l'icrre Corneille, • Rouen, IS'iG, iii-8°. Quant au héros de cette tragédie, don Rodrigue Diaz de Bivar, c'est un personnage historique dont les liomanceros espagnols nous entretiennent Irèsrréquemment , et qui remporta en effet beaucoup d'avcniages sur les Maures, vers tUGU, sous Ferdinand I", dit le Grand , roi de Léon et de Castille

La Uagi-co^nédie du Cid (on donnaii alors ce nom aux pièces tragiques

20 GORNKILLE.

D. DII-GUE

Cctto mar(|iie rrhonnour qu'il mot dans ma famille Montre à tous (jiril l'.^I juste, et fait conniitre assez Qu'il sait n^compcnser les services passés.

LK COMTE. [sommes :

Pour {,'raii(ls que soient les rois*, ils Font ce que nous Ils peiiveiU se tromper comme les autres hommes'; Et ce choix: sert de preuve à tous les courtisans Qu'ils savent mal payer les services présents.

D. DIÈGUE

Ne parlons jjIus d'un choix dont votre esprit s'irrite : La faveur Pa pu faire autant que le mérite; Mais on doit ce respect au pouvoir absolu, De n'examiner rien quand un roi Ta voulu. A l'honneur qu'il m'a fait ajoutez-en un autre : Joignons d'un sacré nœud ma maison à la vôtre. Vous n'avez qu'une lille^ et moi je n'ai qu'un lils; Leur hymen nous peut rendre à jamais plus qu'amis : Faites-nous cette grâce, et racceptez p.tur gendre.

LE COMTE

A des partis plus hauts ce beau fils* doit prétendre;

Et le nouvel éclat de votre dignité

Lui doit enfler le cœur d'une autre vanité.

dont le dénoùment était heureux), jouée en 1636, e.si une grande date dans notre littérature . puisque ce fut le début des chefs-dœuvre de Corneille en même temps que de ceux de notre théâtre. On vil pour la premi.re fui», reprércnlé avec dignité et avec charme, le combat d^s passions entre elles et du devoir contre les passions — Relativement aux débais excités par cette merveille, que l'admiration du public soutint contre les mécontentements de Richelieu , les attaques de Scudéry et même les critiques de l'.Académie naissante, on peut consulter le tome XII des Œuvres de Corneille, édition Lefèvre (in-8", 1824, collection d; s Classiques français), où •eûtes les pièces du procès ont été soigneusement recueillies. Qu'il suflise de remarquer ici que les Scnlimenls sur le Cid , rédigés par Chapelain, ne sont pas tout à fait indignes, malgré les points contestables ou faux qu'ils renferment, des éloges que leur a donnés La bruyère.

1. Excellent tour dont Voltaire loue avec raison la concision énergique et regrette la désuétude. — Pour la plupart df^s obsenalions dont ces vers ont été le sujet et pour leurs variantes assez nombreuses, nous nous contenterons au reste, en général , de renvoyer à l'édition Lefèvre déjà citée.

2. Rotrou a Uil à peu près de même, dans son Jphigénieen Âulide, 1, 5 .

Les princes sont des dieux sujets aux lois des hommes : Ils souffrent comme nous , ils sont ce que nous sommes.

On ajoutera que Rotrou et Corneille ont imité ici Malherbe : voy. nos Morceaux choisis des Classiques français à l'usage de la classe de Quatrième, p. 74.

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