‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 251 sur 254 · Cf. le début de la VI* »atire ( liv. Il ) d'Horace · texte numérisé non relu

Cf. le début de la VI* »atire ( liv. Il ) d'Horace

4lft A. ClfRNIFR.

Et voit d^'s derniers feux le ciel se colorer,

Et sur les monts lointains un l)eau jour expirer.

[)ans sa volii|)t('' sage, ft pensive et muette, 11 s'assied , sur son sein laisse tomber sa tète. Il regarde à ses pieds, dans 1(3 ii(iuid(i azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur, Se peindre les coteaux , les toits et les feuillages, Et la pourpre en festons couronnant les nuages' !

Élégies.

La dernière prière da poète à ses amis'.

L'espoir que des amis pleureront notre sort

Charme Tinstant suprême et console la mort.

Vous-mêmes choisirez à mes jeunes reliques

Quelque bord fréquenté des pénates rustiques,

Des regards d'un beau ciel doucement animé,

Des fleurs et de Fombrage, et tout ce que j'aimai.

C'est là, près d'une eau pure, au coin d'un bois tran-

Qu'à mes mânes éteints je demande un asile : [quille,

Afin que votre ami soit présent à vos yeux,

Afin qu'au voyageur amené dans ces lieux,

La pierre, par vos mains de ma fortune instruite,

Raconte en ce tombeau quel malheureux habite;

Quels maux ont abrégé ses rapides instants;

Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps.

Ah! le meurtre jamais n'a souillé mon courage.

Ma bouche du mensonge ignora le langage;

Et jamais , prodiguant un serment faux et vain,

i. Voilà dans la poésie française un accent tout nouveau qui annonce le tour d'idées po<îliques propre à notre temps. Le dix-huitième siècle en effc t, si l'on excepte Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, n'avait pas su élargir ainsi le cadre du genre descriptif : il n'avait pas deviné ces sources nouvelles d'une poésie qui tout ensemble descriptive , lyrique et philosophique, a de nos jours enrichi d'œuvres remarquables la liilérature française. Il faut, il esl vrai, apporter à ce jugement une réserve ; de ce mouvement d'idées, qui a rajeuni noire poésie en l'agrandissant, datent aussi ces vagues et complaisantes tristesses, ces attendrissements excessifs et trop étudiés, celte recherche continuelle du moi qui ont parfois, en énervant la pensée, altéré la nelletc de la langue.

2. Celle élégie, composée avant 1789, était adressée aux frères du Pange, qui, avec Le Brun, Roucher et les frères Trudaine, formaient la société habituelle du poète. A. Chénier venait à peine d'échapper à une grave maladie dont les suites allérèrent pour toujours sa santé. En lisant cet adieu à la vie d'une mélancolie résignée, il semble que le poëte ail deviné l'avenir et pressenti qu'une mort prématurée devait étouffer les promesses de son rare génie.

A. CflKNlFR. ^ifO

No trahit le socret recrlr. dans mon soin.

Nul forfait odieux, nul remords ini|)Ia('alde

Ne déchire mon âme inquiète et coupahh».

Vos regrets la vei'ront pur(^ et diurne de pleurs;

Oui , vous plaindrez sans doute en nu-s longues douleurs

Et c<; biillant midi (ju^annonçait mon aurore,

Et ces fruits dans Ituir germe liteints avant d'éclore,

Que mes naissantes fleurs auiont en vain promis.

Oui , je vais vivre encore au sein de mes amis.

Souvent à vos festins qu'égaya ma jeunesse,

Au milieu des éclats d'une vive alh'gresse,

Frappés d'un souvenir, hélas! amer et doux.

Sans doute vous direz : « Que n'est-il avec nous! »

Je meurs. Avant le soir j'ai (ini ma journée.

A peine ouverte au jour, ma rose s'est fanée.

La vie eut bien pour moi (]e volages douceurs :

Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs !

Ibid

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