La hardiesse de ce rejet est encore à constater
2. Ces vers rappellent par leur harmonie grave, autant que par l'idée, celui de Virgile, Géorg., 11, 157 :
Fluminaque antiques subterlabentia muros.
3. Le canal du Languedoc ou du Midi, qui fait communiquer l'Atlantique à la Méditerranée, fut un des travaux qui honorèrent le plus le règne de Louis XIV cl le ministère de Colbert. Commencé en 16G8, il fut termiiié en 1G8I, sur le plan et aux frais de Paul de Riquet et sous la direction de l'ingénieur militaire Andréossy. — Thomas, dans son poëme inachevé sur le czar Pierre le Grand (chant II de la Trance), a rappelé aussi ces œuvres glorieuses de la paix.
4. Philibert de Trudaine, intendant général des finances, et qui réunissait dans son département le commerce, les manufactures, les ponts et chaussées, etc., se lit remarquer par une administration aussi acUve qu'éclairée. C'était le père des deux frères Trudaine, dont Chénier était Tami, et auxquels il a adressé une de ses élégies: dignes de son atîection par leurs qualités distinguées, ils devaient comme lui périr sur l'échafaud.
A. CHENIKR. 415
Clacc CCS chants joyeux sur leur bouche nluette^ l*{iur les jcMJx, pour la danse, appesantit leurs pas, Ueii verse devant eux les tables des repas. Flétrit de lonns soucis, empreinte douloureuse, Et leur front et leur âme. 0 Fiance trop lieuieuse Si tu voyais tes biens*, si tu prolitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !....
Hymnes.
La jeune captive *.
j « I/épi naissant mûrit de la faux respecté; Sans crainte du pressoir, le pampre tout Tété
Boit les doux présents de faurore; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui. Quoi que Theure présente ait de trouble et d'ennui, g Je ne veux pas mourir encore'.
c( Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort ; Moi je pleure et j'espère* ; au noir souffle du nord
Je plie et relève ma tète.
S'il est des jouis amers, il en est de si doux ! Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts? ^v Quelle mer n'a point de tempête?
« L'illusion féconde habite dans mon sein : D'une prison sur moi les murs pèsent en vain ; J'ai les ailes de l'espérance.
i. La composiUon de l'hymne h la France, comme on le voit par ce passajïo, se rapporte au temps où éclatèrent les premiers troubles de notre révoiuiion.
ti. Mouvement emprunté à Virgile, Géorg., Il, 458 :
0 forlunatos nimium , sua si bona norint , Agricolas!....
3. Cette jeune captive, cpie Cliénicr fait parler en vers si touchants, était mademoiselle de Coi^Miy (depuis duchesse de rieui-y), alors enfermée comme le poêle à Saint-Lazare. Rendue par le 9 thermidor à la liberté, elle est morte en janvier 18'20, dans un àpe par conséquent pou avancé. Le charme naturel et la culture disliii},yuée de son esprit la rendaient digne de l'hommage qui l'immortalise. Cliénier lui avait encore adressé une autre pièce.
/i. On remarquera avec quel art et quel bonheur le pol'te varie, dans les strophes suivantes, l'expression de celle pensée. Elle y va paraître en elTel, toujours renouvelée par des images qui la rendent plus vive et plus frappante.
5. C'est à peu près ainsi que TibuUe commence la 7* élégie du livre II:
.... Crcdnla vilam Spes fovct, et melius cras fore seiu|)cr ait.
41G A. CIIKNIER.
Échappée aux réseaux do l'oiseleur cruel, Plus vive, plus iKiurcuGo, aux campagnes du ciel 6 Pliiloinele chante et s'élance.
« Est-ce à moi de mourir? Tranfpjillo je m'endors, Et tranquille je veille; et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux : Sur des fronts aballus, mon aspect dans ces lieux .^\ Ranime presque de la joie.
« Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé*, Un instant seulement mes lèvres ont pressé (^i La coupe en mes mains encor pleine.
« Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma îige et Thonneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que les feux du malin : ^ Je veux achever ma journée.
« 0 mort! tu peux attendre, éloigne, éloigne-toi; Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Paies encore a des asiles verts, L'avenir du bonheur, les Muses des concerts: \x Je ne veux pas mourir encore. »
Ainsi triste et captif, ma lyre toutefois S'éveillait, écoulant ces plaintes, celte voix,
Ces vœux d'une jeune captive ; Et secouant le joug de mes jours languissants , ^ Aux douces lois des vers je pliais les accents ^ ■ De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, Feront à quelque amant des loisirs studieux Chercher quelle fut cette belle :
1. Revoir, au sujet de ceUe expression, la p. 399 de ce volume.
A. CHKNIER. 417
La grâce décorait son front et ses discours, Et, connne elle, craindront de voir linir leurs jours ■^ ^ Ceux qui les passeront près d'elle*.
Odeg
Vœui du poêto.
Oh ! oui , je veux un jour, en des bords retirés, Sur un riche coteau ceint de bois et de prés, Avoir un humble toit, niu) source dYvau viva Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive iNourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux*. Là, je veux, ignorant le monde et ses travaux, Loin du superbe ennui que Téclat environne, Vivre comme jadi^, aux champs de Babylone, Ont vécu , nous dit-on , ces pères des humains , Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints ; Avoir amis, enfants, épouse belle et sage; Errer, un livre en main, de bocage en bocage; Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs, Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs. Douce mélancolie! aimable mensongère, D(\s antres des forêts déesse tutélaire. Qui viens d^une insensible et charmante langueur Saisir l'ami des champs et pénétrer son cœur. Quand, sorti vers le soir des grottes reculées. Il s'égare à pas lents au penchant des vallées ,
1. « Louer ]& jeune Capiite, a dil M. Ciuslavc IManche, csl une liche qui paraîtra sans doule bien inutile aux admirateurs d'André Cliénier. Les sentiments exprimés par mademoiscne de Coigny sont m vrais et se succèdent dans un ordre si logique, les images qui servent de vêlement aux pensées de la jeune cnpiive ont tant de grAce et de pureté, qu'il semble su|)ernu d'appeler l'attention sur cet ensemble harmonieux. Cependant je crois devoir signaler dans cette ode si justement populaire un mérite qui juscpi'ici a passé inaperçu. Le germe de celte pièce, (jui délie la louange et qui échappe a toute analyse, tant le poëte s'est ideniilié avec son personnage, se trouve dans une élégie deTibulle; mais quel autre qu'André C.hénier aurait su tirer de ce germe la moisson dorée »jui s'appelle la jmtue Captive? Avec deux vers de Tibullc, André Chénier a composé une œuvre dont personne ne voudra ni ne pourra contester l'originalité. C'est là, si je ne m'abuse, un des sccrcls du génie. Je ne crois pas (ju'il y ait dans noire langue un morceau d'une mélancolie [>lus touchante, dune chasteté plus gracieuse que la j'ttue Capitre. » — Ces vers de Tibulle, que le criticjue a le tort de ne pas indiquer plus nettement, sont sans doute ceux qu'on lit dans l'élégie 5 du livre lll .
Quiil fraudare juvat vitem crescenlibus uvis, Et modo nala mala vellcre ponia manu?