‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 33 sur 254 · Ou se bornerail à dire aujourd'hui ; doit jm^licc · texte numérisé non relu

Ou se bornerail à dire aujourd'hui ; doit jm^licc

Z. La force de ce mol s'est singulièremcut affaiblie de nos jour».

CIIFMÊNE.

Sire, mon pùro est mort; mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son Kén^-rnux flanc; Ce sang qui tant (11' fois garantit vos murailles, (!e sang (jiii tant (!<; fois vous gagna fies balaillfs, Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux* De se voii- lepandu p.)ur d'antres que pour vous, . Qu'au milieu des hasards n'osait verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre. J'ai couru sur le lieu , sans force et sans couleur; Je Pai trouvé sans \ie. Excusez ma douleur, Sire; la voix me manque à ce récit funeste : Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.

D. FERNANû.

Prends courage, ma fille, et sache qu'aujourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.

CHIMIiNE.

Sire, de trop d'honneur ma mis«'*re est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie : Son flanc était ouvert; et, pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivait mon devoir; Ou plutôt sa valeur en cet état réduite Me parlait par sa plaie et hâtait ma poursuite; Et, pour se faire entendre au plus juste des rois, Par cette triste bouche elle empruntait ma voix^. Sire, ne soulîrez pas que, sous votre puissance. Règne devant vos yeux une telle licence ; Que les plus valeureux, avec impunité , Soient exposés aux coups de la témérité; Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire. Se baigne dans leur sang et brave leur mémoire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir Eteint, s'il n'est vengé, l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance,"

1. Ici c'est le poêle qui parle, et non plus le personnage : Volliire blâme judicieu'^emenl ces hyperboles poétiques qui aCTaibllsient le pathétique de ce discours, r.lle» étaient alors trop goûtées, et, vers le même temps, Rotrou avait dit dans l'Ulualie Amazone :

Le sang dont il (ce glaive) est teint vous presse et vous conjure D'effacer dans le mien celte triste teinture....

2. Dans ces vers, comme dans quelques-uns des précédents , bien qu'ils aient été de nos jours habilement défendus , on reconnaîtra la subtilité el ralTcclation dont Corneille, soumis à l'induence du goût italien et espagnol qui régnait sur noire ihéàlre, n'a pas su partout se préserver. Le langage de la douleur doit être plus simple et plus naturel ; il repousse ces Taux brillants Mais qu'on veuille bien se le rappeler : une délicatesse souvent raffinée et une grandeur inculle, tel était le double caractère de l'époque où vécut Corneille.

CORNRILLE. 29

Plus pour votre intén^t (;ue pour mon allégeance'. Vous perdez en la moi^t d'un homme de son rang; Vengez-la par une autre, et le sang par le sang. Immolez, non cà moi, mais à votre couronne, Mais à votre grandeur, mais à votre personne, Immolez, dis-je, sire, au bien de tout TKlat Tout ce (lu'enoi-ueillit un si grand attentat.

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