Acte II, Scène Vil
Le vieil Horace; Horace, son fils; Cnriace, amant de Camille; Sabine, femme d' Horace et sœur de Curiace; Camille, amante de Cnriace et sœur d'Horace.
Les destinées de Rome et d'AIbe (voy. Tile-Live, liv. I, et Denys d'Ilalicaniasse, Anliq. rom., liv. III) viennent d'être remises aux mains des trois Curiaces ei des trois Horcices : le vieil Horace encourage ses enfants au combat.
LE VIEIL HORACE
Qu'est ceci, mes enfants^? ëcoutez-vous vos flammes? El perdez-vous oncor le tonips avec des femmes' ? Prêts cà verser du sang, regardez-vous des pleurs ? Fuyez, et Inissez-les déplorer leurs mallieurs. Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse : Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse; Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups.
SABINE
N'appréhendez rien d'eux; ils sont dignes de vous ; Malgré tous iios efforts, vous en devez attendre Ce que vous souhaitez et d'un fils et d'un gendre; Et, si notre faiblesse avait pu les changer, Nous vous laissons ici pour les encourager. Allons, ma sœur, allons, ne perdons plus de larmes: Contre tant de vertus ce sont de faibles armes. Ce n'est qu'au désespoir qu'il nous faut recourir : Tigres, allez combattre; et nous, allons mourir.
i. 1()3!>. — La dédicace de celte pièce, aclrcssée à Richelieu, atteste que le poï'le était rentré en grAce auprès du puissant cardinal que le succès du Cid avait mécontenté, (l'est une de celles qui ont fait dire de Corniille « qu'il avait ajouté à l'idée de la prandeur romaine. » l/ordonnanrc en est vicieuse , l'unité d'action y est violée; • mais , observe Victorin Fabi e, dans cette création irréj-iilière et sublime, pensée principale, situations, personnages, dialogue , tout présente un caractère de force et de grandeur dont il n'y avait point de modèle. »
2. Pour, (prcsl-tc 7HC ceci : locution qui appartient aujourd'hui à la conversation ordinaire et non à la haute poésie. Néanmoins ce tour, familier et presque vulgaire, sied bien à la simplicité héroïque 'u personnage.
3. Ce langage , qui serait comique en toute autre circonstance, comme le remarque Voltaire, parait ici sérieux et presque noble, tant il peint avec vérité la rude physionomie du vieux Romain, l'un de ces caractères où a excellé Corneille.