‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 63 sur 254 · RODOGUNE · texte numérisé non relu

RODOGUNE

De tontes deux, madanio, il doit tout refuser. Je n'.-icruse personne, et vous tiens innoc«inte; Mais il en faut sur rinure une preuve évideiile ; Je veux bii'n à mon tour subir li*s nièmes lois, On ne peut craindre trop pour le salut des rois. Donnez donc cette preuve; et, pour tonte réplique, Faites faire uji essai parquebiue domestique*.

CLÉOPATRE, prenant la coupe.

Je le lerai nioi-mème^. Eh bien ! redoutez-vous Qiiehiue sinistre ellet encorde rnon courroux? j'ai soutien cet ontra-^e avecque patience.

k.KnoCM\]^, prenant ta coupe de la main detléopâtre, après qu'elle a bu.

Pardonnez-lui , madame, un peu de défiance : Comme vous Taccusez, elle fait son ellort A rejeter sur vous Tliorreur de cette mort; Et, soit amour pour moi, soit adresse pour elle*, Ce soin la fait paraître un peu moins criminelle. Pour moi, qui ne vois rien , dans le trouble où je suis, Qu'un goutîre de malheurs, qu'un abîme d'ennuis, Attendant qu'en plein jour ces vérités paraissent. J'en laisse la vengeance aux dieux qui les connaissent , Et vais sans plus tarder....

RODOGUxNE. Seigneur, voyez ses yeux Déjà tout égarés , troubles et furieux, Cette atfreuse sueur qui court sur son visage, Celte gorgj qui s'enfle. Ah ! bons dieux! quelle rage! Pour vous perdre après elle, elle a voulu périr.

ANTioCHUS, rendant la coupe à Laonice.

N'importe, elle est ma mère, il faut la secourir,

CLÉOPATRE

Va, tu me veux en vain rappeler à la vie;

Ma haine est trop fidèle, et m'a trop bien servie :

1. Trace odieuse des mœurs de l'Asie et même du monde ancien, où n'existait pas commechez les modernes, grâce aux luoiières du christianisme, la sainte idée du respect qu'il faut également avoir pour la vie de tous les hommes.

2. « Cléopàtre, avalant elle-même le poison préparé pour son fils et pour Rodogune, et se flailanl encore de vivre assez pour les voir périr avec elle, forme un dcnoùment admirable. » Volt.

3. t On ne peut i)asdire : j'a/dt; Tat// esse jiourmoj; il fallait peut-être dire: zoii intérêt iiour elle. » Volt.

CORNKILLE. Ô3

Elle a paru trop tôt pour te perdre avec moi; C'est le seul déplaisir qu'en mourant je reroi : Mais j'ai cette douceur dedans celte disgrâce De ne voir point régner ma rivale en ma place'.

Ilcgne; de crime on crime eiilin te voilà roi. Je l'ai défait d'un père, et d'un Irère, et de moi : puisse le ciel tous deux vons prendre pour victimes, Fit laisser choir sur votis h^s peines de mes crimes ! IMiissiez-vons no ti'ouver dedans voire union Qn'horreur, que j.ilousic et que confusion ! VAj pour vous soniiailer tous les malheurs ensemble, Puisse naître de vous un (ils qui me ressemble!

ANTIOCIIUS.

Ah! vivez pour changer cette haine en amour.

CLKOPATIŒ.

Je maudirais les dieux s'ils me rendaient le jour. Qu'on Hi'emportiMl'ici : je me meurs, Laoniee. Si tu veux m'ol)li;u^er par un dernier service, Après les vains elToi'ts de mes inimitiés, Sauve-moi de l'allront de tomber à leurs pieds.

Le Nentenr'.

(Kxlraits.)

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