‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 65 sur 254 · Acte I, Scènb V · texte numérisé non relu

Acte I, Scènb V

Dorante, Cliton, Alcippe, Philitte

Deux jeunes gens, Alcippe et Philiste, dont le premier recherche la main de Clarico, s'eiitrelenaicnt d'une sérénade qui lui avait été donnée sur l'eau, et dont ils ne connaissaient pas l'auteur, lorsque Dorante, leur ami, les accoste et juge à propos de s'en aliribuer le mérite.

DORANTE

Et VOUS ne savez point celui qui Ta donnée l

ALCIPPE

Vous en riez!

DORANTE. Je ris de vous voir étonné D'un div(!rlissement que je me suis donné...

(a Ciiton qui vient lui parler à l'oreille.) Tais-loi; ?i jamais plus tu me viens avertir....

CLlTON.

J'enrage de me taire et d'entendre mentir.

PHILISTE, à Alcippe.

Voyez qu'heureusement dedans cette rencontre Votre rival lui-mAme à vous-môme se montre.

DORANTE, revenant à eux.

Comme à mes chers amis je vous veux tout conter. J'avais pris cinq batoaux pour mieux tout ajuster ; Les quatre contenaient quatre chœurs de musique, Capables de charmer le plus mélancolique. Au premier, violons ; en Tautre, luths et voix; I>es Ilûtcs, au troisième; au dernier, des hautbois. Qui tour à tour dans l'air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies. Le cinquième était grand , tapissé tout exprès De rameaux enlacés pour conserver le frais, Dont chaque extrémité portait un doux mélange De bouquets do jasmin, de grenade et d'orange. Je fis de ce bat»\au la salle du festin : Là je menai l'objet qui fait seul mon destin; De cinq autres beautés la sienne fut suivie. Et la collation fut aussitôt servie.

Je ne vous dirai point les dilVérents apprêts. Le nom de chaque plat, le rang de chaque mets; • Vous saurez seulement qu'en ce lieu de délices

f)0 CORNKILLi:.

On sprvit flouzo plais , et qu'on fil six servircs, Copc^ndanl qiK! I<îs f'aiix, 1rs rochers el les airs Kf'pondaiiinl aux a<f'<'rits de nos qualre eoiireris. Après qu'on cul nian,L,Mj, mille el mille fusées S'élanrant vers les deux, ou droiles ou croisées, Fircnfnn nouveau jour, d'où lanl de seriienteaux D'un délui^e de flainne allafjurTenl les eaux. Qu'on crut que, iiour leur faire une plus rude guern-, Toul l'i'lénicnl du l'eu lombail du ciel en terre. Après ce passe- lemps on dansa jusqu'au jour, Dont le soleil jaloux avança le retour.

ALCIPPE

Certes , vous avez grâce à conter ces merveilles : Paris , tout ^^rand qu'il est, en voit pou de pareilles.

• DOUANTE.

J'avais été surpris; et Tobjot de mes vœux

Ne m'avait tout au plus donné qu'une heure ou deux.

PHILISTE

Cependant l'ordre est rare et la dépense belle.

DORANTE

Il s'est fallu passer à* cette bagatelle :

Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir.

ALCIPPE

Adieu : nous nous verrons avec plus de loisir.

DORANTE

Faites état de moi 2.

ALCIPPE, à PhUiste, en s'en allant.

je meurs de jalousie!

PHILISTE, à Àlcippe.

S?ns raison toutefois votre âme en est saisie : Les sign. s du festin ne s'accordent pas bien.

ALCIPPE, a Phîliste.

Le lieu s'accorde, et l'heure; et le reste n'est rien.

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