‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 85 sur 254 · Virgile · texte numérisé non relu

Virgile

LA FONTAINE. loU

J'en use d'autre sorte; et, me laissant f,Miiiler,

Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.

On me verra toujours pratiquer cet usage.

Mon imitation n'est point un esclavage;

Je ne prends que l'idée, et les tours, et les lois

Qu»i nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois.

Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence

Peut entier dans mes vers sans nulle violence,

Je l'y transporte, et veut qu'il n'ait rien d'alfecté,

Tachant de rendre mien cet air d'antiquité.

Je vois avec douleur ces routes méprisées :

Art et guides, tout est dans les champs Elysécs.

J'ai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits;

On me laisse tout seul admirer leurs attraits.

Térence est dans mes mains ; je m'instruis dans Horace ;

Homère et son rival sont mes dieux du Parnasse.

Je le dis aux rochers; on veut d'autres discours :

Ne pas louer son siècle est parler à des sourds.

Je le loue, et je sais qu'il n'est pas sans mérite ;

Mais, prés de ces grands noms, notre gloire est petite.

Épttre à madame de la Sablière*.

Désormais que ma muse, aussi bien que mes jours. Touche de son déclin l'inévitable cours, Et que de ma raison le llambeau va s'éteindre, Irai-je en consumer les restes à me plaindre Et, prodigue d'un temps par la Parque attendu, Le perdre à regretter celui que j'ai perdu ? Si le ciel me réserve encor quelque étincelle Du feu dont je brillais en ma saison nouvelle. Je la dois employer*, suffisamment instruit Que le plus beau couchant est voisin de la nuit. Le temps marche toujours ; ni force, ni prière. Sacrifices, ni vœux, n'allongent la carrière; 11 faudrait ménager ce qu'on va nous ravir. Mais qui vois-je que vous' sagement s'en servir''

1. La Fontaine demeura chez madame de la Sablière près de vingt ans, délivré de tout soin domestique : il a dt''dié à sa |)roteclrice plusieurs de ses fablrs, cl l'a cc'-h'brt'e on vers émus et louchants qui l'ont linniiciir à colle qui les a inspires (v. liv. .XII, Tab. 1.")). A la mort de cette dame, l.a Fontaine se relira chez son ami .M. d'Horvairt.

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