‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 86 sur 254 · Poésie. Sopér · texte numérisé non relu

Poésie. Sopér

HO LA lONTAINE.

Si (inol(|iH;.s-uris l'ont fait, jo ne suis pas du nombre ;

Dos solides jil.'iisirs jo n\ii suivi que l'onibic;

.rai toujours aljus(; du jiius chor do no^ bions.

Les j)ons(!rs amusants, les va^'uos entcolions,

Coiil aulios passions dos salies condanjuiies,

Ont pris comme à Tenvi la fleur de mes années.

J'entends que l'on me dit : Quand donc veux-tu cesser ? Douze lustres et plus ont roulé sur ta vie ; De soixante soleils la course entresuivie* Ne t'a pas vu ^^oCiler un moment de repos. Quelque part que tu sois, on voit à tout propos L'inconstance d'une âme en ses plaisirs légère. Inquiète, et partout hôtesse passagère ; Ta conduite et tes vers, chez toi tout s'en rossent ; On te veut là-dessus dire un mot en passant*. Tu changes tous les jours de manière et de style, ïu cours en un moment de Térence à Virgile.... Je m'avoue, il est vrai, s'il faut parler ainsi, Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles A qui le bon Platon compare nos merveilles. Je suis chose légère \ et vole à tout sujet; Je vais de fleur en Heur, et d'objet en objet; A beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire. J'irais plus haut peut-être au temple de mémoire, Si dans un genre seul j'avais usé mes jours ; Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours.

Œuvres diverses,

1. C'est-à-dire d'années qui viennent l'une après l'autre, se succèdt'it . Ce verbe n'est plus employé aujourd'hui que sous sa forme rélléchle : les jours, les années , s'cniresuiveut.

2. Madame de Sévigné reprochait à La Fontaine d'avoir passé trop facilement d'un genre à un autre, et d'avoir manqué la perfection qu'il eût pu atteindre par un pins sévère emploi de ses rares facullés On voit que le poêle ne songe guère à se justifier, mais se^ fables ne prouvent-elles pas que son fle.xible génie se pliait sans peine à tous les Ions, les plus légers comme les plus graves ?

3. « Le poëte, dit Platon, est chose légère, ailée el sacrée : » Koûmv .'à?

;(pT,[xa i:on]X'<)i; iffti xal iïttjvÔv xat Upôv, lon.

Nd h Paris en 1022, Molière, après de bonnes études terminées dans le colldge des jésuites, devenu depuis le collège Louis-le-Grand, céda à un cntralnomentqui a fait beaucoup de victimes, et embrassa la vie de Ihéi^tro. Si dans la carrière du comédien, longtemps pour lui a\ enlurouse et errante, il finit par trouver la réputation et môme la forlune, on sait trop qu'il ne trouva pas le bonheur. Il est douloureux de penser que celui qui, par la fécondité inépuisable de sa verve 4iialigne, a réjoui et réjouira tant de générations, ne connut que le soiirire des lèvres et ne ressentit jamais la véritable joie, la paix du co3ur. Des qualités élevées de caractère le rendaient cependant dii^ne d'être plus heureux. II n'avait pas seulement de la probité, il était compatissant et généreux. Pour sa gloire d'auteur, elle n'a point cessé de grandir' : il n'en est pas de plus éclatante dans la littérature française ; on peut ajouter dans aucune littérature. Molière a partagé en effet avec La Fontaine ce privilège de n'avoir été surpassé ou môme égalé ni avant ni après lui. L'antiquité ne saurait lui opposer avec avantage Aristophane ou Plaute ; et les modernes ne nous disputent point l'honneur d'avoir produit le premier des comiques, aussi bien que le modèle des fabulistes '.

1. Quelques contemporains avaient été rigoureux pour Molière; mais la poslériié n'a pas ralilié la plupart de leurs critiques : elle s'est prononcée nolammciil contre les jugements portés sur le style de l'aulenr du Misnnthroiif t'i de l'Avare par l.a Hruyore {Caracl., c. I) et par Fcnelon {Lettre sur les occH))alions de l'Aatdéniic, ^ vu ).

2. l^'acadèniie fran(,'aise, qui n'avait pas compté Molière parmi ses membres 'a cause de sa profission , rendit hommage è la beauté de son géide en lui dédiant, un siècle après sa morl et dans la salle même de ses séances, un buslc avec celte inscription de Saurin :

RieD ne manque à sa gloire , il manquait à la nôtre.

Elle mil également son éloge au concours (1769), et le prix fut obtenu par l'.hamforl. Vuilaire a écrit une biographie de Molière, mais avec moins d'exactitude que d'iigrémenl; il a en outre parlé de lui, et toujours avec une singulière admiration, dans plusieurs porlies de ses ouvrages. De nos jours aussi, sa vie cl ses œuvres onlélé le sujet des travaux de nombreux critiques: on citera parmi eux I.euiercier, loiue 11 de son fours analytique de la lillé' rature ficuvralr ; M. Nisard. 9' chapitre du livre 111 de son Histoire de la lU- Icrature j'anraisr; el M. l};izin, auteur d'une élude où sonl réfuli es bien dos erreurs sur les comnioncemenls de l'exislente el sur les dernières années de noire grand couiiqtie. Kulre 1rs éditions de Molière on remaïquera , comnio distinguées parlesannolalionsqui les accompagnent, celles de lirel, d'Âuger, d'Aimé Martin , et plus récemment celte de M. Louandre. Four lire

^'- MOMHRK.

le Val-(lo-(jiâre : élotje du peintre Pierre MiyoarJ *.

Diiîne fruit de vingt ans de travaux somptueux,

Auguste Ijùliinent, tt'inpie majestueux,

Fais Ijrillci' à jamais, dans ta noble riehcssrs

La splendeur du saint vœu d'une grande princesse' ;

Mais défends bien surtout de l'injure des ans

Le chef-d'œuvre fameux de ses riehes présents*,

Cet éclatant morceau de savante peinture

Dont elle a couronné ta noble architecture :

C'est le plus bel effet des grands soins qu'elle a pris.

Et ton marbre et ton or ne sont point de ce prix.

Dis-nous, fameux Mignard, par qui te sont versées

Les charmantes beautés de tes nobles pensées.

Et dans quel fonds tu prends cette variété

Dont Tesprit est surpris et Tœil est enchanté?

Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles,

De tes expressions enfante les merveilles ;

Quels charmes ton pinceau répand dans tous ses traits.

Et quelle force il mêle à ses plus doux attraits.

Tu te tais, et prétends que ce sont des matières

Dont tu dois nous cacher les savantes luniières,

Et que ses beaux secrets, à tes travaux vendus,

Te coûtent un peu trop pour être répandus.

Mais ton pinceau s'explique et trahit ton silence :

Malgré toi, de ton art il nous fait conûdence ;

Et dans ses beaux elïorts, à nos yeux étalés,

Les mystères profonds nous en sont révélés.

Une pleine lumière ici nous est offerte ;

Et ce dôme pompeux est une école ouverte,

Où Touvrage, faisant Toflûce de la voix.

Dicte de ton grand art les souveraines lois.

La Gloire du Val-de-Grâce.

avec fruit cet auteur, on fera également un très-heureux usage du Lexique de la langue de Molière, par M. Génin. Signalons enfin les beaux vers par lesquels iîoileau honora dans sa VIT épîlre la mémoire de cet homme illustre, tout en s'elTorçant de soutenir le courage de Racine contre les dégoûts dont l'abreuvaient ses ennemis.

1. Premier peintre du roi et directeur de l'académie de peinture; il était né en 1010 et mourut en 1695. 11 a excellé particulièrement dans le portrait et dans les tableaux d'histoire.

2. Anne d'Autriche, qui témoigna ainsi sa reconnaissance à Dieu pour être devenue mère de Louis XIV. La construction du Val-de-Gràce fut co;nmencée en iMô et achevée en 1665, après avoir été interrompue par les troubles de la Fronde.

3. La coupole peinte à fresque (ainsi désigne-t-on la manière de peindre sur les murailles) par Mignard, dont on voit ensuite l'éloge.

Le marquis à la cour.

Vous savez ce qu'il faut pour paraître marquis:

N'oubliez rien de l'air ni des habits; Arborez un chapeau chargé de trente pluuies Sur une penuque de piix ; Que le rabat soit des plus grands volumes Fa le pourpoint dos plus petits :

Mais surtout je vous reconmiande Le manteau d'un ruban sur le dos retroussé ;

La galanterie en est grande; Et parmi les marquis de la plus haute bande C'est pour être placé.

Avec vos brillantes hardes, Et votre ajustement, Faites tout le trajet de la salle des gardes :

Et vous poignant galamment, Portez de tous côtés vos regards brusquement; Et ceux que vous pourrez connaître, Ne manquez pas, d'un haut ton.

De les saluer par leur nom, De quelque rang qu'ils puissent ôtre.

Cotte familiarité Donne à quiconque en use un air de qualité. Grattez du peigne à la porte De la ohambre du roi ; Ou si, comme je pnivoi, *

La presse s'y trouve forte, Montrez de loin votre ciiapeau, Ou montez sur quelque chose Pour faire voir votre museau ; Et criez, sans aucune pause.

D'un ton rien moins que naturel :

« Monsieur Thuissier, pour le marquis un tel. » Jetez-vous dans la foule, et tranchez du notable; Coudoyez un chacun, point du tout de quartier; Pressez, poussez, laites le diable Pour vous mettre le premier.

{Remerciement au roi, 1663.)

il4 MOLIl'Ri:.

Les Fàchcui'.

(Lxlrail.)

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