Ïambes. (Deutu éUiU
Nous sommes, en deux parts, une seule âme encor. J'ai de vous, ô ma mère! avec trop de mélange, Ce que l'homme tombé peut conserver de l'ange : Dieu mit le même sceau sur mon cuivre et votre or.
Sij même avant cette heure où la grâce me touche, Je sentais, dans ma nuit, Dieu présent et vainqueur, Si j'invoquai toujours son vrai nom dans mon cœur, C'est que j'avais appris ce nom de votre bouche.
Né dans un temps rebelle à prononcer : Je crois! J'ai payé le tribut à ses erreurs funèbres; Mais, pour me retrouver, du fond de ses ténèbres, Je vous voyais marchant au chemin de la croix.
Du savoir orgueilleux j'ai trop subi le charme. De la seule raison acceptant le secours, Je demandai ma force aux sages de nos jours; Leur sagesse a laissé mon cœur faible et sans arme.
Si, pourtant, j'évitai l'écueil le plus fatal, Ces chutes où périt même la conscience; Si je discerne encor et déteste le mal, Ah! ce n'est pas un don de l'humaine science!
Des périlleux sentiers si je sors triomphant, C'est que mon cœur, toujours docile à vos prières, Laisse en vos douces mains et chérit ses lisières, O ma mère! et qu'enfin je reste votre enfant.
Vos jours pleins de travail, austères, soucieux, Hors l'amour de nous trois, n'ont jamais vu de fête; Mais vous aurez aussi, ma mère, je le veux, Du soleil et des fleurs autour de votre tête!
Sur ce lit de douleurs où, le cœur résigné,
Vous souffrez vaillamment pour que Dieu nous pardonne,
Avant le prix céleste au martyre assigné,
Mère, je veux aussi vous mettre une couronne.
Voici ma poésie : elle sème, en pleurant, Ses fleurs sur votre front ceint du bandeau d'épines; Il ne m'appartient pas ce don que je vous rends : Éclose en moi, la fleur a chez vous ses racines.
Peut-être, à mon foyer, de ce culte immortel Je devais le secret qu'à ces rimes je livre;
GENUK LYRIQUE — QBNEI DB8CRIPTIF 71
Sans doute, pour le nom que j'inscris sut ce livre, Mon cœur silencieux est un plus digne autel.
.1 ai (mil .1 ret sur quelques feuilles vaines
Qui v<mi tourbillonner dans l'ouragan humain, El que l<' vrtii d'oubli doit emporter demain;
jeter dans 1rs tint- le pur gang de m< s veines.
<; est que votre pensée est en moi comme un feu; Je ne puis enchaîner cette âme de ma vie; Elle déborde en moi lorsque je chante ou prie, El votre nom s'échappe avec celui de Dieu.
Si l'homme droit et pur qui lira cette page Essuie, en la tournant, une larme à ses yeux; S'il trouve là son coeur de fils, et s'il sent mieux Ce qu'il doit à sa mère et l'aime davantage,
J'aurai vécu! ma vie aura porté son fruit; Je ne me plaindrai plus de la Bamme qui m'use, Des biens communs à tous que le ciel me refuse; Je saurai le secret de mon repos détruit.
Va donc, ô poésie, et porte-lui mes pleurs ! Porte-lui tout mon coeur saignant de son martyre. Elle en sait de ce cœur plus que tu n'en peux dire: Va, pourtant, lui parler sur son lit de douleurs.
Au miroir de tes vers que son âme se voie Telle que Dieu l'a faite, avec tous ses trésors; Et qu'oubliant le mal qui déchire son corps, Elle doive à son fils un quart d'heure de joie!
Puis, qu'elle prie et jette au ciel ce cri sacré, Plus fort, ô Dieu clément, que toutes vos colères, Ce cri qui rend le ciel obéissant aux mères, Qui des bras de la mort, malgré vous, m'a tiré,
Afin qu'à votre esprit, Seigneur, je sois fidèle, Que je demeure en lui ferme et pur ici-bas; Et pour que je sois digne, après tous nos combats, D'aller, au sein du Christ, me reposer près d'elle.
Laprade
t. Poésies. (Miofa. Léry ôdii.)
Heures de Paresse.
Au bout de mon humble domaine, Six tilleuls au front arrondi, Dominant le cours de la Seine, Balancent une ombre incertaine Qui me cache aux feux du midi.
Sans affaire et sans esclavage, Souvent j'y goûte un doux repos; Désoccupé comme un sauvage Qu'amuse, auprès d'un beau rivage, Le flot qui suit toujours les flots.
Ici, la rêveuse Paresse S'assied, les yeux demi-fermés, Et, sous sa main qui me caresse, Une langueur enchanteresse Tient mes sens vaincus et charmés.
Des feuillets d'Ovide et d'Horace Flottent épars sur mes genoux, Je lis, je dors, tout soin s'efface; Je ne fais rien, et le jour passe; Cet emploi du jour est si doux!
Tandis que d'une paix profonde Je goûte ainsi la volupté, Des rimeurs dont le siècle abonde La muse toujours plus féconde Insulte à ma stérilité.
Je perds mon temps, s'il faut les croire; Eux seuls du siècle sont l'honneur.
J'y consens, qu'ils gardent leur gloire! Je perds bien peu pour ma mémoire, Je gagne tout pour mon bonheur.