‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 22 sur 115 · Poksiks. (Charpentier édit · texte numérisé non relu

Poksiks. (Charpentier édit

GENRE LYRIQUE — GENRE DESCRIPTIF Gl

Le Tasse.

Le Tasse, errant de ville en ville, Un jour, accablé de ses maux, S'assit près du laurier fertile Qui, sur la tombe de Virgile, Etend toujours si's vert-, rami aux.

En contemplant l'urne sacrée,

Ses yeux de larmes sont couverts;

Et là, d'une voix éplorée,

Il raconte à l'ombre adorée

Les longs tourments qu'il a soufferts.

Il veut fuir l'ingrate Ausonie; Des talents il maudit le don, Quand, touché des pleurs du génie, Devant le chantre d'Herminie Parait le chantre de Didon.

a Eh quoi! dit-il, tu fis Armide, Et tu peux accuser ton sort !

Souviens-toi que le Méonide *, Notre modèle et notre guide, Ne devint grand qu'après sa mort.

« L'infortune, en sa coupe amère, L'abreuva d'affronts et de pleurs ; Et quelque jour un autre Homère Doit, au fond d'une île étrangère, Mourir aveugle et sans honneurs.

« Plus heureux, je passai ma vie Près d'Horace et de Varius; Pollion, Auguste et Livie, Me protégeaient contre l'envie, Et faisaient taire Mévius.

« Mais Énée aux champs de Lanrente, Attendait mes derniers tableaux.

Quand près de moi la mort errante Vint glacer ma main expirante.

Et fit échapper mes pinceaux.

i« Hom£kk de Méonie ou Lydi»

« De l'indigence et du naufrage Camoëns connut les tourments :

Naguère les nymphes du Tage, Sur leur mélodieux rivage, Ont redit ses gémissements.

« Ainsi, les maîtres de la lyre Partout exhalent leurs chagrins; Vivants la haine les déchire, Et ces dieux que la terre admire Ont peu compté de jours sereins.

c Longtemps la gloire fugitive Semble tromper leur noble orgueil ; La gloire enfin pour eux arrive, Et toujours sa palme tardive Croît plus belle au pied d'un cercueil.

« Torquato, d'asile en asile L'envie ose en vain t'outrager; Enfant des Muses, sois tranquille, Ton Renaud vivra comme Achille :

L'arrêt du temps doit te venger.

« Le bruit confus de la cabale A tes pieds va bientôt mourir; Bientôt à moi-même on t'égale, Et pour ta pompe triomphale Le Gapitole va s'ouvrir. »

Virgile a dit. 0 doux présage !

A peine il rentre en son tombeau, Et le vieux laurier qui l'ombrage, Trois fois inclinant son feuillage, Refleurit plus fier et plus beau.

Les derniers mots que l'ombre achève Du Tasse ont calmé les regrets; Plein de courage il se relève, Et tenant sa lyre et son glaive, Du destin brave tous les traits.

FONTANKS

La Canadienne.

Sur 06 palmier qui te balance , Dors, tendre fruit de mon amour; Tas, quelques instants, ont porté ton enfance; Ce fragile palmier te soutient a son tour : Au)<i ï r 1 1 > berçait l'espérance.

Dors en paix sur ce frôle appui.

si le v» -ni vienl gémir sur ta tombe légère, Le vent te dira que ta mère Gémit sans cesse comme lui.

si longtemps que les pleurs de l'aurore illeront ton front pale, ei ut les fleurs,

ion fils, la mère qui t'adore Te viendra baigner de ses pleurs.

T ml sur l'arbre de mort te peindra ma souffrance : si pourtant le ramier, de ses accords touchants

lit entendre la cadence, Ne crois pas de ta mère entendre les doux chants ; Car ta mère avec toi veut garder le silence.

Tu n'es donc plus? mes yeux ne te verront jamais Rire et folâtrer dans nos plaines,

Poursuivre le chevreuil de sommets en sommets.

Et gravir le vieux tronc des chênes.

Nos guerriers ne me diront pas :

« Ton fils est digne de son père:

Il porte sans frémir la lance des combats

Et le calumet de la guerre, s

Je vivrai comme une étrangère, Et l'on dira : a Son lils est le jouet du vent; Il n'est point mort en brave, étendu sav la terre ;

C'est lui dont le cercueil mouvant

Courbe le palmier solitaire, p

Tu n'es plus, quel est mon malheur !

eux, à peine ouverts, sont fermés à l'aurore, J< fus un instant mère : hélas! à ma douleur, Cher enfant, je crois l'être encore.

Au sommet du triste palmier, Ce berceau qui te sert de tombe i1» r\ ira de nid au ramier

Ou de demeure à la colombe.

EL quand demain l'astre des jours Teindra ton froid cercueil de sa couleur riante, .

Au fond de sa couche odorante L'oiseau s'éveillera : tu dormiras toujours.

Quand, pour bénir l'enfant dont sa fille est la mère, Viendra mon père en cheveux blancs, Je guiderai ses pas tremblants Au pied de l'arbre funéraire.

Que lui dirai-je? hélas! son regard attristé Se remplira des pleurs dont ici je t'arrose. Le fils que j'ai porté repose- Sur le palmier qu'il a planté.

Victor Hugo.

Hymne à la France.

France, ô belle contrée, ô terre généreuse,

Que le ciel complaisant forma pour être heureuse!

Tune sens point du nord les glaçantes horreurs,

Le midi de ses feux t'épargne les fureurs;

Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles;

Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles

Ne trompent une main crédule; ni tes bois

Des tigres frémissants ne redoutent la voix;

Ni ces vastes serpents ne traînent sur tes plantes

En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.

Les chênes, les sapins et les ormes épais En utiles rameaux ombragent tes sommets, Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées, Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées, Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.

La Provence odorante, et de Zéphyre aimée, Respire sur les mers une haleine embaumée, Aux bords des flots couvrant, délicieux trésor, L'orange et le citron de leur tunique d'or; Et plus loin, au penchant des collines pierreuses, Forme la grasse olive aux liqueurs savonneuses, Et ces réseaux légers, diaphanes habits Où la fraîche grenade enferme ses rubis.

Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse;

QBNRB LTRIQ1 B — ÏENRE bESCRWTI*

rés enflent de lait la fôcon Et m vois tes brebis sur ]«■ jeune gazon i • tissu de leur blanche toison.

Dans les fertiles champs voisins de la Touraine, Dans ceux où l'Océan boit l'unie de la Seine, s lèvi m pour le frein des coursiers belliqueux.

mtez oet amas de fleuves tortueux :

L'indomptable Garonne aux vagues insensé

I i;iiône impélueux, fils des Alpes glacées; La s.'ine au Qot royal, la Loire dans son sein Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin Qui nourrissent partout, sur tes nobles rivages, Fleurs, moissons et vergers, et bois, et pâturages, i. pant au pied des murs d'opulentes cités, Bous des arches de pierre à grand bruit emportés. Dirai-je ces travaux, source de l'abondance,

i ports où des deux mers l'active bienfaisance Amène les tribus du rivage lointain Que visite Phœbus le soir ou le matin?

Dirai-je ces canaux, ces montagnes perc> De bassins en bassins ces ondes amassées' Pour joindre au pied des monts l'une et l'autre Thétis? Et ces vastes chemins en tous lieux départis Où l'étranger, à l'aise achevant son voyage, Pense au nom des ïrudaine et bénit leur ouvrage.

Ton peuple industrieux est né pour les combats. Le glaive, le mousquet n'accablent pas son bras.

II s'élance aux assauts, et son fer intrépide Repoussa l'étranger, usurpateur avide.

Le fiel les lit humains, hospitaliers et bons. Ami des doux plaisirs, dos festins, des chansons.

A. CnÉNIER.

Lui.

Toujours lui! lui parloul! — Ou brûlante ou glacée,

Son image sans cesse ébranle ma pensée.

Il verse à mon esprit le souffle créateur.

Je tremble et dans ma bouche abondent les paroles,

Quand son nom gigantesque, entouré d'auréoles,

Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.

Là, je le vois, guidant l'obus aux bonds rapides; Là, massacrant le peuple au nom des régicides ; Là, soldat, aux tribuns arrachant leurs pouvoirs; Là, consul jeune et fier, amaigri par les veilles Que des rêves d'empire emplissaient de merveilles, Pâle sous ses longs cheveux noirs.

Puis, empereur puissant dont la tête s'incline, Gouvernant un combat du haut de la colline, Promettant une étoile à ses soldats joyeux, Faisant signe aux canons qui vomissent les flammes, De son âme à la guerre armant six cent mille âmes, Grave et serein avec un éclair dans les yeux.

Puis, pauvre prisonnier, qu'on raille et qu'on tourmente, Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fermente, En proie aux geôliers vils comme un vil criminel, Vaincu, chauve, courbant son front noir de nuages, Promenant sur un roc où passent les orages Sa pensée, orage éternel.

Qu'il est grand, là surtout! quand, puissance brisée, Des porte-clefs anglais misérable risée, Au sacre du malheur il retrempe ses droits, Tient au bruit de ses pas deux mondes en haleine, Et, mourant de l'exil, gêné dans Sainte-Hélène, Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois !

Qu'il est grand à cette heure où, prêt à voir Dieu même, Son œil qui s'éteint roule une larme suprême ! Il évoque à sa mort sa vieille armée en deuil, Se plaint à ses guerriers d'expirer solitaire. Et prenant pour linceul son manteau militaire, Du lit de camp passe au cercueil!

A Rome où du sénat hérite le conclave,

A l'Elbe, aux monts blanchis de neige ou noirs de lave,

Au menaçant Kremlin, à l'Alhambra riant,

Il est partout! — Au Nil je le retrouve encore.

L'Egypte resplendit des feux de son aurore ;

Son astre impérial se lève à l'Orient.

Vainqueur, enthousiaste, éclatant de prestiges, Prodige, il étonna la terre des prodiges.

GENRE LYRIQUE — f'.EMii: BB8CRIPTIF 67

Les vieux soheiks vénéraient 1 émir jeune et prudent; Le peuple redoutait ses armes inouïes; Sublime, il apparut aux tribus éblouies 1 mine im Bfahomet d"( iccident.

Leur foi rie a imé son histoire.

La tente de l'Arabe est pleine de

Tout Bédouin libre était sou hardi paon;

petits enfants, l'œil tourné \ er m i Sur un tambour français règlenl l< auvages,

Et les ardents chevaux hennissent à son nom.

Parfois il vient, porté sur l'ouragan humide, Prenant pour piédestal la grande pyramide, Contempler les déserts, sablonneux océans; Là, son ombre éveillant le sépulcre sonore, Comme pour la bataille y ressuscite encore Les quarante siècles géants.

Il dit : « Debout ! » Soudain chaque siècle se lève, Ceux-ci portant le sceptre et ceux-là ceints du glaive, Satrapes, phraraons, mages, peuple glacé. Immobiles, poudreux, muets, sa voix les compte; Tous semblent, adorant son front qui les surmonte, Faire à ce roi des temps une cour dupas

Ainsi tout, sous les pas de l'homme ineffaçable, Tout devient monument. Il passe sur le sable ; Mais qu'importe qu'Assur de ses flots soit couvert, Que l'aquilon sans cesse y fatigue son ail .' Son pied colossal laisse une trace éternelle Sur le front mouvant du désert.

Histoire, poésie, il joint du pied vus cimes.

Éperdu, je ne puis dans ces mondes sublimes

Remuer rien de grand sans toucher à son nom ; , Oui, quand lu m'apparais pour le culte ou le blâme, >Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme,

Napoléon 1 soleil dont je suis le Memnon !

Tu domines notre âge; ange ou démon, qu'importe? Ton aigle, dans son vol, haletants nous emporte. L'œil même qui te fuit te retrouve partout. Toujours dans nos tableaux tu jettes ta grande ombre;

Toujours Napoléon, éblouissant et sombre, Sur le seuil du siècle est debout.

Ainsi, quand du Vésuve explorant le domaine, De Naple à Portici l'étranger se promène, Lorsqu'il trouble, rêveur, de ses pas importuns, Ischia, de ses fleurs embaumant Tonde heureuse, Dont le bruit, comme un chant de sultane amoureuse, Semble une voix, qui vole au milieu des parfums ;

Qu'il hante de Pœstum l'auguste colonnade, Qu'il écoute àPouzzol la vive sérénade Chantant la tarentelle au pied d'un mur toscan, Qu'il éveille en passant cette cité momie, Pompéi, corps gisant d'une ville endormie, Saisie un jour par le volcan;

Qu'il erre au Pausilippe avec la barque agile D'où le brun marinier chante Tasse et Virgile; Toujours, sous l'arbre vert, sur les lits de gazon, Toujours il voit, du sein des mers ou des prairies, Du haut des caps, du bord des presqu'îles fleuries, Toujours le noir géant qui fume à l'horizon !

Victor Huco.

La Popularité.

Dans le pays de France, aujourd'hui que personne Ne peut chez soi rester en paix,

Et que de toutes parts l'ambition bourgeonne Sur les crânes les plus épais,

Tout est en mouvement sur la place publique ;

La voix bruyante et le cœur vain, Chacun bourdonne autour de l'œuvre politique,

Chacun y veut mettre la main.

Est-ce donc un besoin de la nature humaine Que de toujours courber le dos?

Faut-il du peuple aussi faire une idole vaine, Pour l'encenser de vains propos?

A peine relevé faut-il qu'on se rabaisse?

Faut-il oublier, avant tout, Que la Liberté sainte est la seule déesse

Que l'on n'adore que debout?

QENRE LYRtQUE — G JCRIPTIF 69

Hélas! nnus vivons tous dans un temps de miï

Un temp ■ .'i nul autre pareil, Où la corruption mange et ronge sur ten ■

Toul oe qu'en tire le soleil;

Où dans le cœur humain L'égolsme déborde,

où rien de bon ne fail Béjour; Où partout la vertu montre bientôt la * •■ -i-i i< • ,

( tu le béros ne l'esl qu'un

l'n temps où li nts et ta foi politique

Ne soulèvent plus que des i i .

Où le sublime autel de la pudeur publique

Jonche le sol de ses débris;

Un vrai siècle de bouc, où, plongés que nous sommes,

Chacun se vautre et se salit; Où, comme en un linceul, dans le mépris dos hommes

Le monde entier s'ensevelit!

A. Barbier '.

A ma Mère.

11 est à vous ce livre issu de la prière : Qu'il garde votre nom et vous soit consacré; Ce livre où j'ai souffert, ce livre où j'ai pleuré; Ainsi que tout mon coeur, il est à vous, ma mère!

J'y mets tout ce que j'ai d'espérance et de foi,

Ma plus ferme raison, mes ardeurs les plus hautes,

Mon àme entière... hormis ses erreurs et ses fautes; L'oeuvre en est donc a vous, ma mère, plus qu'à moi.

Car, dans moi, rien n'est bon qui ne vous appartienne,

IA vous, cuiiir simple et fort, d'où l'orgueil est absent, Ma mère! et vous m'avez donné de votre sang Plus qu'un enfant jamais n'en reçut de la sienne. 1'"

Ma vie est toute en vous : le tronc et les rameaux Ne sont pas mieux soudés que mon cœur et le vôtre; Et chaque coup de vent qui fait pleuvoir les maux. S'il frappe un de nous deux, nous courbe l'un et l'autre.

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