FÉNELON
Danton et Robespierre jugés par Barbaroux.
Ame sèche et haineuse, et vanité souffrante, Dans tous ses ennemis il voit ceux de l'Etat, Et dans sa propre injure un public attentat. En ce point seulement à Danton il ressemble. Qu'auprès du sang versé l'un ni l'autre ne tremble. Ignorant tous les deux que le péril pressant N'excusera jamais la mort d'un innocent. Ils diffèrent d'ailleurs d'esprit et d'apparence, Comme la passion de la persévérance.
L'un, fougueux, se repose après avoir vaincu; L'autre avance toujours, tenace et convaincu, Et, succédant aux chefs qui restent en arrière, De la dernière place il passe à la première. Laborieux rhéteur, son travail incessant, D'un effort acharné cherche un génie absent; Et tandis que Danton, amoureux du caprice, Abandonne sa verve à l'heure inspiratrice, Lui fatigue sa plume à polir, jour et nuit, De creux discours, enflés de mots qui font du bruit, Où, tout ce que j'ai pu comprendre, c'est qu'il rêve L'idéal de Rousseau dont il se dit l'élève. En théorie autant il paraît absolu, Autant pour les moyens il est irrésolu ; Lorsque Danton agit, Robespierre déclame Ses lieux communs sans ordre et ses phrases sans âmo
Ponsaud K