‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 67 sur 115 · Cœur, disposition, » traduction du latin pt'dus. mùmun · texte numérisé non relu

Cœur, disposition, » traduction du latin pt'dus. mùmun

Vous sera d'un plai>lr extrême.

Je lirai : J'étais là; telle chose m'advint :

Vous y croirez être vous-même. »

A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arhre s'offrit, tel encor que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L'air devenu serein, il part tout morfondu, Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie; Dans un champ à l'écart, voit du blé répandu, Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie; Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs

Les menteurs et traîtres appas.

Le lacs était usé; si bien que, de son aile, De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin : Quelque plume y périt; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour, à la terre cruelle, Vit noi,re malheureux, qui, traînant la ficelle Et les morceaux du lacs qui l'avait attrapé,

Semblait un forçat échappé.

Le vautour s'en allait le lier1, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs, S'envola, s'abattit auprès d'une masure,

finit pour ce coup que ses malheurs

Finiraient par cette aventure; ?,fais un Iripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié

La volatile malheureuse,

Qui, maudissant sa curiosité,

Traînant l'aile, et tirant le pied,

Demi-morte, et demi-boiteuse,

Droit au logis s'en retourna :

Que bien, que mal, elle arriva

Sans autre*, aventure fâcheuse.

Voilà nos gen^ rejoints; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

La Fontaine.

t. T ime ce faiconncri-- qui signifie t prendre dans ses serres. »

L'Aveugle et le Paralytique.

Aidons-nous mutuellement :

La charge Mrs malheurs en Bera plus légère;

Le liien < i m ■ l'on fait 6 Bon I Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.

Dans une ville de l'Asie,

il existait deux malheureux :

L'un perclus, l'autre aveugle, el pauvres tous les deux. Ds demandaient au ciel de tei miner leur \

Mais leurs cris étaient superflus; Us ne pouvaient mourir. Notre paralytique, Couche sur un grabat dans la place publique, Bouffrail sans être plaint : il en souillait bien plus.

L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Était sans guide et sans soutien,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l'aimer et pour le conduire.

Un certain jour, il arriva nue l'aveugle, à tatous, au détour d'une rue,

Près du malade se trouva; Il entendit ses cris, son ame en tut émue.

Il n'est tel que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

I J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres : Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.

— Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas; Vous-même vous n'y voyez pas :

A quoi nous servirait d'unir notre misère?

— A quoil répond l'aveugle; écoutez : à nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire;

J'ai des jambes, et vous des yeux.

Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide ' Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés.

imbes, à leur tour, iront où vous voudrez; Ainsi, sans que jamais notre amitié décide Qui de nous deux remplit le plus utile emploi, Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. »

IfLOMAN

Le Renard et l'Ours.

Un fin renard, disciple ou descendant Du célèbre flatteur qu'a chanté La Fontaine,

En courant les monts de Pyrène, Dans les pattes d'un ours tomba par accident.

C'était bien l'ours le plus vorace,

Le plus dur, le plus loup-garou,

Que de Bayonne au Canigou, De Calisto jamais eût enfanté la race.

Mais comme il digérait son second déjeuner, En attendant l'heure de son dîner, Il avait mis le renard en fourrière;

Et pour veiller son prisonnier,

Sur le devant de sa tanière.

Il s'était en travers étendu tout entier. Mon renard cependant fait bonne contenance;

El ce répit lui rendant l'espérance, Il se met à flatter son terrible geôlier. Vain espoir! ce geôlier, d'une nature étrange,

A peu de goût pour la louange.

Le flatteur a beau s'enrouer ;

Rien ne fléchit ni ne dérange Le cerbère au long poil qu'il veut amadouer. Vante-t-il son courage en un jour de bataille?

Un sourd grognement lui répond.

La majesté de sa royale taille?

De sa large poitrine il en sort un second. La beauté de son poil? On grogne de plus belle.

La noble fierté de son port?

Monseigneur grogne encor plus fort.

Le pauvre diable en perdait la cervelle, Lorsqu'on examinant d'un regard effaré Ce vieux groin si dur et si revêche, Sous la paupière gauche il remarque une brèche,

Et que d'un œil l'ours était déferré.

Le voilà qui se met à conter des histoires : Il parle d'Annibal, la terreur des Romains, Du sultan Bajazet, l'effroi des Byzantins :

«c EL ces deux héros, ces deux

i: DIDACTIQI • l'.M

D'où le i v. nait, dit-il, cette faveur des dieux? li tous deux. >

îe ; et, la tôte | ra lui sa p bée;

*oir.

iable

)S (le la j ;

« Bor ' quel Mil vif et imir! »

L'ou

ses paît' ant.

Et se remet sur son séant.

dl h' renar I, i imune mère

enfanté d'aus i-dieux,

ê, pour séduire et pour N'eut jamais besoin de deux yeux. — Je le crois bien, dit l'ours tout lier ci tout joyeux. Je man e ai qui dira le contraire.

iùi, mon bon ami, j'en aurais du chagrin,

pas un seul poil d J'aimerais mieux mourir de faim; Va-L'en, d Et le renard est pai h- attendre qu'il li

Il n'est pas de tyran, fût-il des plus brutaux, Dont ne puisse mi lia teur adoucir la nature. Liez-vous surtout à louer ses défauts; C'est la recette la plus sûre.

VlENNET.

Conseils aux grands.

Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez-la dans cette image.

Un homme est jeté par la tempête dans une île inconnue, dont les habitants étaient en peine de trouver leur roi, qui s'était perdu; et ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualité par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel prendre: mais il résolut enfin de se prêter à sa bonne fortune. Il reçut tous les respects qu'on lui voulut rendr

uter de roi. Mais comme il ne pouvaiL oublier

sa condition naturelle, il songeait, en même temps qu'il recevait ces respects, qu'il n'était pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pensée ■ l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en la place où il était. Il cachait cette dernière pensée, et il découvrait l'autre. C'était par la première qu'il traitait avec le peuple, et par la dernière qu'il traitait avec soi-même.

Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. Vous n'y avez aucun droit de vous-même et par votre nature, non plus que lui; et non-seulement vous ne vous trouvez fils d'un duc, mais vous ne vous trouvez au monde que par une infinité de hasards.

Que s'ensuit-il de là? Que vous devez avoir, comme cet homme dont nous avons parlé, une double pensée, et que si vous agissez extérieurement avec les hommes selon votre rang, vous devez reconnaître, par une pensée plus cachée et plus véritable, que vous n'avez rien naturellement au-dessus d'eux. Si la pensée publique vous élève au-dessus du commun des hommes, que l'autre vous abaisse et vous tienne dans une parfaite égalité avec tous les hommes; car c'est votre état naturel. Pascal.

Epitaphe du licencié Garcias.

Deux écoliers allaient ensemble de Pennafiel à Salamanque Se sentant las et allérùs, ils s'arrêtèrent au bord d'une l'un laine qu'ils rencontrèrent sur leur chemin. Là, tandis qu'ilf se délassaient après s'être désaltérés, ils aperçurent pai hasard auprès d'eux, sur une pierre à fleur de terre, quel ques mots déjà un peu effacés parle temps, et par lus piedf des troupeaux qu'on venait abreuver à cette fontaine. Ils jetèrent de l'eau sur la pierre pour la laver et ils lurent ces paroles castillanes . « Aqui esta encerradael aima del licenciada Pedro Gardas. Ici est enfermée l'âme du licencié Pierre Garcias. »

Le plus jeune de ces écoliers, qui était vif et étourdi, n'eut pas achevé de lire l'inscription qu'il dit en riant de touto su force : « Rien n'est plus plaisant : ici est enfermée l'âme;

une enfermée, je voudrais savoir quel original a pu Caire i ridicule épilaphe. » En achevant r - paroles, il s.' li-va aller, s, m compagnon, plus judicieux, dit en luimême ■ Il y a là-dessous quelque mystère; je v< nx demeu* ici pour l'éclaircir. i Celui-ci laissa donc partir l'autre, is perdre «le temps se mit à creuser avec Bon couteau t i autour de la pierre. Il fit si bien qu'il l'enleva, il tn ova ■ >us une bourse de cuir qu'il ouvrit II y avait dedans deux cents ducats, avec une carte sur laquelle êtaienl é ces paroles en latin : Sois mon ht rititr, toi qui as eu assez d e$pi il ■pour démêler le sens de l'inscription, et fait un meilleur usaye que moi de mon ornent.

L'écolier, ravi de cette découverte, remit la pierre comme elle êtail auparavant, et reprit le chemin de Salamanque avec rame du licencié. Lesage.

L'Esprit du peuple.

Deux citoyens haranguaient sur la place,

M un tés chacun sur un tréteau.

L'un vend force poisons, distillés dans une eau limpide à l'œil : mais il parle avec grâce; Son habit est doré, son équipage est beau;

Il attroupe la populace.

L'autre, ami des humains, jaloux de leur bonheur,

Pour rien débite un antidote :

Mais il est simple, brusque et mauvais orateur; On s'en moque, on le fuit comme un fou qui radote,

Et l'on court à l'empoisonneur.

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