‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 69 sur 115 · I. s miens n'eut, que moi non plus : que deviendront-ils · texte numérisé non relu

I. s miens n'eut, que moi non plus : que deviendront-ils

•ur manque?

Kl tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.

I lendemain, de retour aux champs, il se dit : « Je veux les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute mil péri. » Et il s'achemina vers le buisson.

Et regardant, il vit les petits bien portants; pas un ne semblait avoir pâti.

Et ceci l'ayant étonné, il se cacha pour observer ce qui se passerait.

Et après un peu de temps, il entendit un léger cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avait recueillie, et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.

Et le père, qui s'était défié de la Providence, raconta le soir à l'autre père ce qu'il avait vu.

Et celui-ci lui dit : « Pourquoi s'inquiéter? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous ne connaissons point. Croyons, espérons, aimons, et poursuivons notre route en paix.

« Si je meurs avant vous, vous serez le père de mes enfants; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.

« Et si, l'un et l'autre, nous mourons avant qu'ils soient en âge de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités, ils auront pour père le Père qui est dans les cieux. »

Lamennais.

La Sœur grise.

J'ai laissé pour toujours la maison paternelle ; Mes jeunes sœurs pleuraient, ma pauvre mère aussi. Oh! qu'un regret tardif me rendrait criminelle! Ne suis-je pas heureuse ici?

Ne m'abandonne pas, toi qui m'as appelée :

Dieu qui mourus pour nous, mon Dieu, je t'appartiens;

Et moi, qui console et soutiens,

J'ai besoin d'être consolée.

Ignorante du monde avant de le quitter,

Je ne le hais point et peut-être (Un mourant me l'a dit) j'aurais dû le connaître

Pour ne jamais le regretter.

Quand je me sens reprendre à sa joie éphémère, Faible encor du dernier adieu, J'embrasse ta croix, ô mon Dieu!

Je n'embrasserai plus ma mère.

Souvenirs du bonheur, que voulez-vous de moi? Que vous sert de troubler ma retraite profonde?

Et qu'ai-je à faire avec le monde, Dont le nom seul ici doit me glacer d'effroi?

GENRE DIDACTIQL'K — GENRE CRITIQUE \Tt

Ici, Ih charité remplit mes chastes heures. i nalheureux bénit ma main qui le défend; je nourris L'orphelin d'espérances m< Llleures;

srvante, ô mon Dieu, dans a s demeures,

E i l'enfant du vieillard, la mère de l'enfant

Et tandis que mes sœurs à de nouvelles fêtes

"Vont peut-être se préparer, Que des fleurs dont ma mère aimait à me parer

Biles ont couronné leurs têtes, Moi, je veille et je prie, et ne dois point pleurer.

0 de mes premiers jours images trop fidèles! Ifes songes quelquefois me rendent vos douceurs. Ma bouche presse encore les lèvres maternelles, Et même au bal joyeux je suis mes jeunes sœurs, Le front ceint de roses, comme elles.

Vaine illusion d'un instant, Dont le charme confus m'agiie et me réveille, Mais la cloche plaintive a frappé mon oreille; A son lit de douleur le malade m'attend.

Là. naguère, une pauvre fille Me disait en pleurant : « Dieu finit mes malheurs. J'étais orpheline, et je meurs Sans avoir connu ma famille. »

Moi, j'ai quitté la mienne...; et nous mêlions nos pleurs. J'avais une famille et pourtant je l'oublie; Et mon cœur bat d'un noble orgueil, Quand le pauvre a pressé de sa main affaiblie Ifa main qui doucement l'accompagne au cercueil.

Consolé par ma voix, à son heure suprême, Bien souvent le pécheur s'endort moins agité; Que dis-je? le mourant me console lui-même De ce monde si vain qu'avant lui j'ai quitté. Et lorsque dans ses yeux une dernière flamme Révèle un saint espoir, né d'une ardente foi, le recommande à Dieu de recevoir son àme, Au mourant de prier pour moi.

A. Guiraud.

Une tombe isolée.

Un arbuste épineux, à la pâle verdure, Est le seul monument que lui fit la nature; Battu des vents de mer, du soleil calciné, Comme un regret funèbre au cœur enraciné, Il vit dans le rocher, sans lui donner d'ombrage; La poudre du chemin y blanchit son feuillage ; Il rampe près de terre, où ses rameaux penchés Par la dent des chevreaux sont toujours retranchés. Une fleur au printemps, comme un flocon de neige, Y flotte un jour ou deux; mais le vent qui l'assiège L'effeuille avant qu'elle ait répandu son odeur, Comme la vie, avant qu'elle ait charmé le cœur! Un oiseau de tendresse et de mélancolie S'y pose pour chanter sur le rameau qui plie! Oh! dis, fleur que la vie a fait sitôt flétrir, N'est-il pas une terre où tout doit refleurir?

Lamartine.

Le Sommeil et sa Cour.

Sous les lambris moussus de ce sombre palais

Écho ne répond point, et semble être assoupie.

La molle Oisiveté, sur le seuil accroupie,

N'en bouge nuit et jour, et fait qu'aux environs

Jamais le chant des coqs ni le bruit des clairons

Ne viennent au travail inviter la nature.

Un ruisseau coule auprès, et forme un doux murmure.

Les simples dédiés au dieu de ce séjour

Sont les seules moissons qu on cultive à l'entour;

De leurs fleurs en tout temps sa demeure est semée;

Il a presque toujours la paupière fermée.

Je le trouvai dormant sur un lit de pavots;

Les Songes l'entouraient sans troubler son repos;

De fantômes divers une cour mensongère,

Vains et frôles enfants d'une vapeur légère,

Troupe qui sait charmer le plus profond ennui,

Prête aux ordres du dieu, volait autour de lui.

Là, cent figures d'air ' en leur moule gardées,

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