VÉNUS A ÉNÉE
« Non, non, ce ne sont point ces objets de La haine,
Non, ce n'est point Paris, ni l'odieuse Hélène,
C'est le courroux des dieux qui renverse nos murs.
Viens, je vais dissiper les nuages obscurs,
Dont sur tes yeux mortels la vapeur répandue
Cache ce grand spectacle à ta débile vue.
Ecoute seulement et, docile à ma voix,
D'une mère qui t'aime exécute les lois.
Vois-tu ces longs débris, ces pierres dispersées,
De ces brûlantes tours les masses renversées,
Cette poudre, ces feux ondoyants dans les airs?
Là, le trident en main, le puissant dieu des mers,
De la terre à grands coups entr'ouvrant les entrailles,
A leur base profonde arrache nos murailles,
Et dans ses fondements déracine Ilion.
Ici tonne en fureur l'implacable Junon :
Debout, le fer en main, la vois-tu sous ces portes
Appeler ces soldats? Vois-tu de ces cohortes
L'Hellespont à grands flots lui vomir les secours?
Sur un nuage ardent, au sommet de ces tours,
Regarde : c'est Pallas, dont la main homicide
Agite dans les airs Fétincelante égide;
Jupiter même aux Grecs souffle un feu belliqueux;
Excite les mortels et soulève les dieux.
Fuis; calme un vain courroux : fuis; c'en est fait, ta mère
Va protéger tes pas, et te rendre à ton père. »
Elle dit, et dans l'ombre échappe à mes regards. Alors le voile tombe; alors, de toutes parts, Je vois des dieux vengeurs la figure effrayante; J'entends tonner les coups de leur main foudroyante, Tout tombe : je crois voir, de son faîte orgueilleux, Ilion tout entier s'écrouler dans les feux. Ainsi contre un vieux pin qui, du haut des montagnes, Dominait fièrement sur les humbles campagnes