‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 74 sur 115 · Discours (Didier édit · texte numérisé non relu

Discours (Didier édit

— GBN&E CRITIQUE 215

i i m geu qu'à pn -eut on moissonne,

i.t que jadis la rame a longtemps sillonnés : Ouvrages des mortels, 6 la mort destinés! ■ loire du langage est bien plus passagère. Des mots presque oubliés reverront 1 1 lumière, l'i il autre* , que l'on prise, auront an Jour leur fin : i i de la lan ne arbitre souverain.

(Trad. d1 Horace. P. Dahu.)

De l'Imitation.

11 m1 (aut pas croire que le caractère original doive exclure l'art d'imiter. Je ne connais point de grands hommes qui n'aient adoptédes modelée: Rousseau a imité M Corneille, Lucain et Sénèque; Bossuet, les prophètes; Racine, li Grecs et Virgile; el Montaigne dit quelque part qu'il y a en lui une conditi m < ui unenu imitatrice*

M us ces grands hommes, en imitant, sont demeurés originaux, parce qu'ils avaient a peu près le môme génie que qu'ils pren dent pour modèles; de sorte qu'ils cultivaient leur propi i "us ces maîtres qu'ils consultaient et qu'ils

surpassaient quelquefois ; au lieu que ceux qui n'ont que de l'esprit sont toujours de faibles copistes des meilleurs modèles, et n'atteignent jamais leur art. Preuve incontestable qu'il faut du génie pour bien imiter, et même un génie étendu pour prendre divers caractères; tant s'en faut que l'imagination donne l'exelusi aie. Vauvenahoi es.

L'Epopée.

D'un air plus grand enc a- la poésie épique,

Dans le vaste récit d'une longue action,

Se soutient par la table, et vit de fiotion.

Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage;

Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage,

Chaque vertu de ie;,t une divinité :

Minerve est la prudi nce, et Vénus la

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre :

C'est Jupiter armé pour effrayer la t rre ; Un orage terrible aux yeux des matelots, C'est Neptune en courroux qui gourmande les Ilots;

Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse :

C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.

Ainsi, dans cet amas de nobles Actions,

Le poète s'égaye en mille inventions,

Orne, élève, embellit, agrandit toutes choses,

Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses.

Qu'Énée et ses vaisseaux, par le vent écartés,

Soient aux bords africains d'un orage emportés :

Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune,

Qu'un coup peu surprenant des traits de la fortune ;

Mais que Junon, constante en son aversion,

Poursuive sur les flots les restes d'Ilion;

Qu'Eole en sa faveur les chassant d'Italie,

Ouvre aux vents mutinés les prisons d'Eolie ;

Que Neptune en courroux, s'élevant sur la mer,

D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air,

Délivre les vaisseaux, des syrtes les arrache :

C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache.

Boilèau.

La Tragédie et la Comédie.

Dorante. Vous croyez donc, monsieur Lysidas, que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange?

Uranie. Ce n'est pas mon sentiment, pour moi. La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau, quand elle est bien touchée; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre.

Dorante. Assurément, madame; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un peu plus du côté de la comédie, peutêtre que vous ne vous abuseriez pas : car enfin je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la fortune, accuser les destins, et dire des injures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance, et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveil-

leux. Mais, lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent; et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot, dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n'être point blâmé, de dire des choses qui soient de bon -'Mis et bien écrites; mais ce n'est pas assez dans Les autres : il y faut bien plaisanter; et c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. Molière.

Règles du poème dramatique.

Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages "fi tout Paris en foule apporte ses suffrages Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés, Soient au bout de vingt ans encor redemandés ' ? Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échauffé et le remue 2. Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce terreur, Ou n'excite en notre âme une pitié charmante, En vain vous étalez une scène savante : Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Le secret est d'abord de plaire et de toucher : Inventez des ressorts qui puissent m'attacher. Que dès les premiers vers l'action préparée Sans peine du sujet m'aplanisse l'entrée. Je me ris d'un auteur, qui, lent à s'exprimer, De ce qu'il veut d'abord ne sait pas (n'informer, Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue, D'un divertissement me fait une fatigue. J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom, Et dît : Je suis Oreste, ou bien Agamcmnon, Que d'aller, par un tas de confuses merveilles, Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles : Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.

1. Fabula quœ posci vtlt et speclita reponi. (Hoiiace. Ep. n, 3.)

t Porta meum qui pectus inaniter angit,

Irritât, mulcet, falsis terroribus implet. (Hohac*, Ep. u. 2.;

Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué. Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées, Sur la scène en un jour renferme des années; Là souvent le héros d'un spectacle grossier, Enfant au premier acte, est barbon au dernier. Mais nous, que la raison à ses règles engage, Nous voulons qu'avec art Faction se ménage ; Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli *.

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable 2 : Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Une merveille absurde est pour moi sans appas : L'esprit n'est poiut ému de ce qu'il ne croit pas '■'. Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose. Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose ; Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.

Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, A son comble arrivé, se débrouille sans peine. L'esprit ne se sent point plus vivement frappé, Quelorsqu'en un sujet d'intrigue enveloppé , D'un secret tout à coup la vérité connue Change tout, donne à tout une face imprévue.

Chez nous l'amour, fertile en tendres sentiments, S'empara du théâtre ainsi que des romans. De cette passion la sensible peinture Est pour aller au cœur la route la plus sûre. Peignez donc, j'y consens, les héros amoureux : Mais ne m'en formez pas des bergers doucereux. Qu'Achille aime autrement que Thyrsis et Philène : N'allez pas d'un Cyrus nous faire un Artamène; Et que l'amour, souvent de remords combattu, Paraisse une faiblesse et non une vertu.

Des héros de roman fuyez les petitesses : Toutefois aux grands coeurs donnez quelques faiblesses. Achille déplairait, moins bouillant et moins prompt. J'aime à lui voir verser des pleurs pour un affront. A ces petits défauts marqués dans sa peinture,

1. Expression consacrée de cette règle des trois unités dont l'observation rigoureuse a donné au théâtre de Corneille, de Molière et de Racine, une originalité et unn élévation philosophique dont nous faisons trop bon marché.

2. Ficta voluptati causa sint proxima verts. (Horace. Ep. H, 3.)

3. Quodcumque ost<>ndis mihi sic incredulus odi., Id. ibid.).

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I i ril avec plaisir reconnall la nature. 1 suit sur ce modèle en vos éi

ii fier, superbe, ii I Que pour e Ené ait un re |

; ■ vi/. :< chacun son propre c i : les mœurs :

Lesclimats tl les dive '.

/. donc de donner, ainsi que dan • l p ni l'esprit français a l'antique Italie, Et, sous des noms romains faisanl notre portrait, Peindre Caton galant et Brutus dameret.

un roman frivole aisément tout s'excuse;

I assez qu'en courant la fiction ann Trop de rigueur alors serait hors de saison :

nde une exact' L'étroite bienséance y veut être gardée. D'un nouveau personnage inventez-vous l'idée, n tout avec soi-même il se montre d'accord, jËt qu'il soit jusqu'aub ut tel qu'on l'a vu d

Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime Forme ton- ros semblables à soi

Tout a l'humeur gasconne en un au son :

Calprenède et Juba parlenl du même :

La nature est en nous plus diverse et plus sage. Chaque passion parle un différent lan La colère est superbe et veut des mots altiers ; L'abattement s'explique en des termes

Que devant Troie en flamme Hé liée

Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée,

us raison décrire en quel affreux | Par sept bouches l'Euxin recuit le Tan Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles d'un déclamaleur amoureux de p

II faut dans la douleur que vous vous abaissiez : Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez '•.

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